Adèle Haenel, la fille qu’on aime trop

Première publication : L’Avenir – 23 juillet 2014.

Un prénom comme une mélodie, une douceur brute de décoffrage, et une carrière en pleine explosion: Adèle Haenel adore le cinéma, et ce dernier le lui rend bien. Présentations d’une future grande, qui est cette semaine à l’affiche de ‘L’homme qu’on aimait trop’ d’André Téchiné.

Décidément, c’est un prénom qui a la cote. L’an dernier, le cinéma tombait en pâmoison devant l’héroïne de la Palme d’Or: au-delà des polémiques, la prestation d’Adèle Exarchopoulos avait mis tout le monde d’accord – y compris l’Académie des César, qui la sacrait Meilleur Espoir féminin en février dernier. Mais si le succès de La Vie d’Adèle a contribué à populariser ce prénom d’origine germanique dans le cinéma français, d’aucuns savent qu’une autre Adèle se fraye un chemin discret mais solide depuis plusieurs années déjà. Entrée dans le milieu à douze ans par hasard puis revenue par conviction à vingt et un, Adèle Haenel est LA comédienne française à suivre de (très) près. Si ses prestations dans Naissance des Pieuvres et L’Apollonide lui ont valu de nombreuses distinctions, 2014 semble être l’année de la consécration pour cette Parisienne et au franc-parler désarmant. Elle est cette semaine à l’affiche du nouveau Téchiné, et on la retrouvera à la rentrée dans Les Combattants; l’occasion de retracer le parcours de cette comédienne fascinante passée à deux doigts d’une carrière dans la socio-économie.

1 – 2002: Les débuts

En 2002, Christophe Ruggia (Dans la tourmente) prépare le casting de son film Les Diables, l’histoire d’un jeune garçon et de sa sœur autiste. Le frère d’Adèle postule, mais, coup du sort, c’est sa frangine qui est retenue: ainsi débute, à 12 ans, la carrière de la comédienne, aux côtés d’un autre futur jeune premier: Vincent Rottiers (Le monde nous appartient de Stephan Streker). Une apparition remarquée qui restera sans suite dans un premier temps: «C’était la première fois que je faisais du cinéma donc je ne me rendais pas compte que le rôle était difficile: c’était juste du travail […]. À l’époque je ne me considérais pas [encore] vraiment comme une actrice» confiait-elle à la caméra d’Universciné.com en 2010.

2 – 2007: Naissance d’une pieuvre

Il faudra attendre cinq ans pour revoir Adèle sur grand écran: en 2007, sa prestation dans Naissance des pieuvres, où elle est l’objet du désir d’une jeune fille en questionnement sur sa sexualité, lui vaut une première nomination au césar du meilleur espoir féminin (revenu à Hafsia Herzi pour La Graine et le mulet). 2007 marque également sa rencontre avec la réalisatrice du film, Céline Sciamma.

Pas sûre de vouloir faire carrière au cinéma malgré tout, elle entame un Master en école de commerce… avant de se laisser (r) attraper: «J’ai commencé en le mettant [NDLR: le métier d’actrice] un peu de côté, comme une forme de confort, mais c’est un métier tellement inconfortable – en fait c’est tellement plus qu’un métier, qu’on ne peut pas se refuser à lui. Il faut accepter de perdre le contrôle et le laisser à quelqu’un d’autre» nous confiait-elle à Cannes en mai.

3 – 2011-2013: Confirmation(s)

Décidée à se dédier au septième art, Adèle laisse donc le contrôle à Bertrand Bonello, qui fait d’elle une des prostituées capiteuses de L’Apollonide. Un rôle qui lui vaut une nouvelle nomination (malheureuse) aux Césars. Mais tout vient à point à qui sait attendre: cette année, tandis qu’Adèle E. était sacrée Meilleur Espoir, Adèle H. recevait le prix du meilleur second rôle pour le sublime Suzanne: «Ca a un peu changé les choses dans le sens où j’existe davantage en tant que personne publique, mais c’est pas un truc de dingue non plus, je prends quand même le métro!» rit-elle.

4 – Le futur

Un césar, deux films à Cannes et le vent en poupe: cette année, Adèle Haenel est sur toutes les lèvres. Le Nouvel Observateur compare sa gouaille à celle d’un «Depardieu jeune en jupons», Téchiné évoque sa douceur brute rappelant Adjani. Sur la Croisette en mai dernier, elle présentait Les Combattants (grand vainqueur de la Quinzaine des Réalisateurs) et le nouveau film d’André Téchiné, aux côtés de Catherine Deneuve et Guillaume Canet. Des partenaires «complètement intimidants»mais qui lui ont beaucoup appris: «Deneuve, c’est un genre de modèle. Elle est toujours dans une forme de proposition dans le jeu, j’espère vraiment que c’est un truc que je vais garder.» Une carrière à la Deneuve, c’est tout le mal qu’on souhaite à cette jeune femme étonnante, qui ravit et séduit par la fraîcheur de ses propos loin de tout formatage, vacillant entre nonchalance de l’ado et maturité naissante de la jeune adulte. «Au final,» conclut-elle, «Il y a un truc qu’il faut s’avouer, c’est qu’on fait ce métier pour que les gens nous aiment vraiment.» Mission accomplie, Mademoiselle Haenel.

 

L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP

D’André Téchiné. Avec Adèle Haenel, Catherine Deneuve, Guillaume Canet… Durée : 1h56. Sortie Belgique : 23 juillet 2014

Ce que ça raconte : En 1977, Renée Le Roux est à la tête du Palais de la Méditerranée, le célèbre casino de Nice. Suite à une dispute avec son avocat Maurice Agnelet, ce dernier démissionne et entame une liaison avec sa fille Agnès. La jeune héritière, sous l’emprise de cet homme, ira jusqu’à se liguer contre sa propre mère. Mais la relation tourne au vinaigre. Jusqu’au jour où Agnès disparaît. Son corps ne sera jamais retrouvé. 30 ans plus tard et malgré des indices accablants, Agnelet clame toujours son innocence, et Renée le Roux cherche toujours sa fille…

Ce qu’on en pense : Décidément, Téchiné aime les faits divers. Après La fille du RER, il s’attaque à l’affaire Le Roux, qui a défrayé la chronique en France et dont le procès aux multiples rebondissements secoue encore les médias aujourd’hui. Ce film étrange et très documenté, adapté des mémoires de Renée Le Roux, débute en 1995, l’année où celle-ci (Deneuve, grisonnante et surprenante) fait rouvrir le procès, avant d’entamer un long flashback que viendront ponctuer certains flashforward. Malgré cette temporalité curieuse et un parti pris annoncé, le film emporte le spectateur dans une fascination qui tient la distance, renforcée par le trio Deneuve-Canet-Haenel – cette dernière tirant son épingle du jeu grâce à une performance aussi physique qu’émotionnelle.

 

 

crédit photos : Victory Productions

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