‘Le Bonheur des Uns’ : Florence Foresti et François Damiens parlent succès et jalousie

Première parution : Metro Belgique, 10 septembre 2020 (texte intégral)


C’est une des meilleures idées casting de cette rentrée : Florence Foresti et François Damiens sont à hurler de rire dans ‘Le Bonheur des Uns’, une comédie française qui questionne notre jalousie face au succès de nos amis. L’énergie fougueuse de la première, alliée au flegme nonchalant du second, font des étincelles devant la caméra… comme derrière : lors de cette interview à deux, on a eu tous du mal à rester sérieux !

‘Le Bonheur des Uns’ parle de jalousie face au succès de ses amis. Quel est votre rapport à la jalousie ?

Damiens : « On n’est pas jaloux tout le temps. Moi y a plein de gens dont je ne suis pas jaloux du tout (rires). Mais c’est quand on n’est pas au top, qu’on peut être jaloux. »

Foresti : « Oui, quand on est bien à sa place, on n’a pas le temps de l’être. » 

Damiens : « C’est un peu comme à l’école. Quand t’as 8/20 tu comptes tous ceux qui ont 18. Mais quand t’as 19, tu fais pas les comptes, t’es super content. »

C’est vrai, on se compare à ceux qui ont plus de succès que nous, plutôt qu’à ceux qui en ont moins… 

Foresti : « Tout à fait… Par exemple, y’a pas beaucoup de gens qui ont plus de succès que moi (rires) ! Mais y a pas beaucoup de gens plus drôles que nous, non plus !  Par contre, les gens doivent nous jalouser énormément, c’est vrai… (rires) ! »

L’amour, ça va forcément de pair avec la jalousie ?

Damiens : « (pause)… Je crois qu’il en faut un petit peu quand même. T’imagines le mec qui te dit : « Je suis pas du tout jaloux » ? »

Foresti : « (rigole) « Ben vas-y chérie ! Michel te le demande, rhooo, fais pas ta mijaurée ! » »

Damiens : « Moi, même en club échangiste, je ne suis pas jaloux du tout (rires) ! »

Est-ce que vous connaissez le mot ‘compersion’ ? C’est le contraire de la jalousie : c’est être heureux du bonheur de l’autre. Vous avez des exemples ?

Foresti : « Oh c’est joli ! Vous m’apprenez quelque chose ! On va s’en servir pendant toute la promo ! Alors François, est-ce qu’on a eu de la compersion dans notre vie ? »

Damiens : « Bien sûr, ce serait horrible, sinon. »

Foresti : « On en a surtout pour les enfants. Parce qu’il n’y a pas de rivalité possible, justement. C’est les seuls qu’on autorise à nous dépasser, on veut qu’ils nous dépassent ! »

Damiens : « Y a pas un père qui est plus heureux de perdre au tennis devant son fils. »

Foresti : « T’as raison ! C’est un bon exemple. Avec eux on est complètement dans la compersion. Je vais frimer avec ce mot, merci ! »

Le film parle aussi de connaître ses limites. Connaissez-vous les vôtres ? Ou vous vous dites que vous pourriez tout jouer ? 

Foresti : « Je crois bien, en tout cas j’ai conscience de ce que je crois savoir faire – je l’espère. Sans prétention, il faut savoir ce qu’on sait faire. Mais j’ai aussi conscience de mes limites, parce que parfois j’essaie de construire un nouveau spectacle, et je vois que je suis au bout, par exemple, de personnages que je n’arrive plus à interpréter. C’est vrai qu’on a toujours envie de se perfectionner, mais c’est ce qui permet d’avancer aussi. »

Damiens : « Moi j’aimerais bien jouer un serial killer. Mais vraiment un sale type, quoi. Et essayer, justement, de lui donner un peu d’humanité. Je ne vais pas citer de noms parce que je ne veux pas faire la pub de ces crapules, mais y en a deux ou trois, ouais, j’aimerais bien… »

Foresti : « Tu saurais faire sans problème. Tu as une tête de serial killer (rires) ! »

A vos débuts, François Damiens, vous faisiez des caméras cachées, et Florence Foresti, des spectacles en trio avec les Taupes Modèles. Quand le succès est arrivé, qu’est-ce qui a changé : les gens autour, ou vous ? 

Foresti : « Clairement, le succès, ça change les gens autour de vous. Enfin, ça dépend qui, c’est une question de tempérament. Et nous aussi, ça nous change, bien sûr. Pourquoi le nier ? Peut-être ça nous donne plus de confiance… »

Damiens : « On croit qu’on ne change pas, parce qu’on voit le changement, et on pense qu’on compense. C’est un peu comme un bateau : tu ne sais pas, en pleine mer, si t’es à marée haute ou marée basse. C’est quand tu viens te fracasser sur la côte, que tu sais… »

Foresti : « C’est joli ce que tu dis ! »

petite capture d’écran OKLM lors de l’interview Zoom

Y a-t-il des gens dont vous ne comprenez pas le succès ? 

Damiens : « Ah ça m’est déjà arrivé…  Inspecteur Derrick, là, par exemple, je comprends pas. Il bat tous les records d’audience, mais qui regarde ça ? »

Foresti : « T’as regardé toi ? »

Damiens : « Non ! »

Foresti : « Ben faut regarder pour comprendre ! J’ai pas regardé non plus, mais il doit y avoir une raison ! »

Damiens : « Oui, certainement. »

Foresti : « Peut-être il est vraiment super sympa, ce Derrick.  »

Pour vous, c’est quoi la rançon du succès ?

Foresti : « Y en a beaucoup. Pour moi le pire, c’est de ne plus jamais être anonyme. »

Damiens : « Surtout qu’on fait des métiers où on observe beaucoup les gens. Du coup on ne peut plus le faire, parce qu’on est déjà observé avant de commencer ! Ça coupe un peu notre matière première. »

Foresti : « Exactement. Bon c’est pas la mort, hein. Mais c’est un deuil qu’il faut faire. »

Du coup, si vous étiez anonymes pendant une journée, vous feriez quoi ?

Foresti : « (crie) N’importe quoi !! (tape dans ses mains de joie) Je serais méchante ! J’ai plus le droit d’être méchante, parce que si je suis méchante c’est que j’ai la grosse tête ! Mais si je n’étais pas connue, je pourrais dire « Oh, eh CONNARD ! QU’EST-CE QUE TU FOUS DANS TA BAGNOLE ! DEGAGE ! » (rires). Je serais odieuse pendant 24 heures ! »

Et vous François ?

Damiens : « (se marre) Ouais, exactement la même chose ! »

 

LE BONHEUR DES UNS : NOTRE AVIS

Une expression française, attribuée à Voltaire, dit que ‘le malheur des uns fait le bonheur des autres’. Et l’inverse est absolument vrai aussi. Il suffit de regarder n’importe quel match de foot, émission de téléréalité… ou nos amis quand on a du succès ? C’est en tout cas ce qui arrive à Léa (Bérénice Bejo), humble vendeuse de vêtements, quand son timide premier roman devient un best-seller : derrière leur enthousiasme, son amoureux (Vincent Cassel) et sa meilleure amie (Florence Foresti) grincent un peu des dents… et se questionnent en retour sur les limites de leur propre talent. Entre comédie et satire sociale, le film de Daniel Cohen (‘Comme un chef’) chatouille gentiment l’ego – le nôtre comme celui de ses héros. Et si la narration manque parfois de subtilité, et que le couple Cassel-Bejo nous convainc moins, l’effet comique est réussi haut la main grâce au duo Damiens-Foresti : lui impassible + elle énervée = un des meilleurs couples ciné de l’année !

 

 

crédit photos : Cinéart

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