Covid Vie – mars 2021

« et le boulot ca va ? » 
habitée par l’hébétude, pilotée automatiquement, j’observe les jours défiler l’air indolent, jai laissé la quête de sens dans l’an précédent, celui qu’on maudissait en faisant semblant qu’après tout reprendrait. Mes mains sont vides, le cerveau recroquevillé, l’âme diluée, repli stratégique dans les recoins du canapé, les listes de films à voir comme dernière ligne droite, comme dernier flambeau pour s’orienter. 

En quatre mots comme en douze, je n’en ai plus rien à caler. 
Chaque fois que la voix dans mon cerveau tente de me proposer un sujet, je sens la vague d’exaspération, la lame de fond d’une lassitude sourde, d’un hébétement obstiné. Oui mais non. Pas de cinéma, pas de sujets. Comme une gamine capricieuse qui tape du pied, refusant de faire semblant que la vie continue normalement même confinée. L’enthousiasme n’y est pas, c’est comme si depuis début 2021 une partie de moi s’était mis en « pilotage automatique », faisant le strict minimum demandé, sans avoir l’énergie d’y mettre de la joie. Non, je ne trouverai pas un angle original, tant pis pour l’argent pas gagné, je ne ferai pas semblant d’être emballée comme si de rien n’était, je ne vais pas prétendre que le cœur y est alors que la culture n’en peut plus de ne plus en pouvoir, n’en peut plus de dire qu’elle est en colère, n’en peut plus de demander d’ouvrir svp, alors qu’encore une fois les magasins sont ouverts et pas les théâtres pas les salles de concert pas les cinémas, alors que brûle encore la flamme de la bougie allumée en mémoire de celles et ceux qui ne sont plus là, collègues amis anonymes épuisés…non vraiment, c’est peut-être défaitiste, c’est peut-être nul, sûrement, mais quelque chose en moi n’y arrive plus, n’y arrive pas. Je ne sais même plus pour qui je revendique le droit d’aller au cinéma, je ne sais même plus qui y retournera. A force de répéter que c’est pas essentiel, ça a fatalement fini par rentrer. Combien sommes-nous à rêver de salles de ciné, de chuchotements en coulisses, d’odeur de pop corn frais, de déhanchés dans la fosse d’orchestre, d’applaudissements frénétiques, de sound checks, de pogo sous la pluie et de débriefings enfumés ?
Sommes-nous si nombreuxses que ça? Ou vivons nous dans une bulle utopiste privilégiée ? Est-ce que votre quotidien comme il est aujourd’hui vous satisfait ? 

(pourtant, si vous saviez combien de discussions passionnés autour de films passionnants prennent la poussière dans mes archives depuis un an..) 

Comme beaucoup, je me sens coincée dans un entre-deux qui s’étire et ne semble jamais finir. Et plus le temps est long, moins tout ça a de sens, moins je trouve l’énergie pour donner le change, quand au fond tout doit changer. Je blague auprès de ceux que je croise que mon allume-feu et prêt pour le soir où on va tout cramer, mais au fond ce soir-là n’arrivera sans doute pas, et je ne suis plus sûre de plaisanter. Pendant ce temps, je jette des sacs de mots dans l’eau des internets pour voir si ça va ricocher, j’ai jeté les clés de la machine à mots dans un moment d’égarement, j’ai fait exprès de les perdre mais je vais les retrouver, furieusement, timidement, définitivement – elles sont au fond du sac, évidemment. Et je devais le vider. 

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