Les Reines du drame

Interview des Reines du drame : « Le plus dur, c’était la scène du fist ! »

Il était une fois en 2005… une jeune chanteuse nommée Mimi Madamour, qui rêvait de devenir une star. Lors du casting pour le télécrochet Starlettes en Herbe, elle rencontre Billie Kohler, une motarde punk et rebelle. Les contraires s’attirent, et entre elles, c’est le coup de foudre instantané. Bientôt, Mimi, qui sort gagnante du casting, est propulsée vers les sommets de la célébrité. Au grand dam de Billie, qui voit son amoureuse s’éloigner, prise dans le tourbillon de son ascension… L’amour entre la princesse de la pop et la crasseuse antisystème pourra-t-il triompher ? Franges grasses, pantalons taille basse, Nokia 3310 et télécrochet : si comme Alexis Langlois vous avez été ado dans les années 2000, son premier long-métrage va vous toucher au cœur. Largement inspiré de Britney Spears (et si elle avait été lesbienne ?), le parcours de Mimi Madamour rend hommage aux idoles de jeunesse tout en se questionnant sur l’aspect toxique de la célébrité. Conte de fées camp narré par Bilal Hassani en Youtubeur has been, Les Reines du drame est truffé de références pop et de répliques qui tuent, et ses chansons entêtantes sont signées notamment par Pierre Desprats, Yelle et Rebeka Warrior (Sexy Sushi). Et la BO est dispo sur toutes les bonnes plateformes ! Assumant son côté « underground » et bricolé, voici la comédie musicale queer romanesque, délicieusement irrévérencieuse, hautement kitsch et férocement décalée qu’on attendait.

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Rencontre avec le réalisateurice Alexis Langlois (iel), Gio Ventura (iel) (Billie Kohler), Louiza Aura (elle) (Mimi Madamour)

LA GENÈSE

Alexis : Les Reines du drame est né d’un chagrin d’amour qui m’a donné envie de raconter une histoire d’amour entre des personnages queer qui ne viennent pas d’un même milieu, et qui ont du mal à aimer – peut-être parce que le monde ne leur permet pas. C’était l’idée de base. Ensuite il y avait l’envie d’un film mélodramatique et musical, et de proposer des grands rôles épiques et romanesques portés par des personnages queer. Je trouvais que ça manquait dans le paysage, et moi c’était mon désir de cinéma.

LA PLACE DE BRITNEY SPEARS

Alexis : Je n’ai jamais été fan personnellement, mais c’est quelqu’un qui marqué l’époque (du film, en 2005 NDLR). Elle était tellement partout, tellement énorme. Ce qui m’a beaucoup touchée – c’est sans doute mon goût pour le drame, mais c’est quand en 2007 elle s’est rasé la tête et que tout le monde lui est tombé dessus. J’ai l’impression que c’est là qu’a commencé ma passion pour Britney. En même temps qu’une réflexion sur la pop culture : comment on peut aimer quelqu’un et aimer le voir tomber ? Ce côté plaisir morbide, je trouve ça terrible. C’est ce qui m’a touché dans le parcours de Britney, et j’en parle aussi à travers le personnage de Steevy Shady (incarné par Bilal Hassani, NDLR).

VOTRE IDOLE DE JEUNESSE ?

GIO : Moi c’était Gigi d’Agostino. Parce qu’il était italien et j’adorais l’écouter dans la voiture. 

LOUIZA : Moi j’étais fan de Snoop Dogg. On avait la même coupe de cheveux, et je le trouvais trop classe. Il était hyper détendu et en même temps c’était un gangster, je trouvais ça stylé. C’est toujours le cas d’ailleurs, c’est un peu mon père spirituel.

« Les Youtubeurs sont les conteurs des temps modernes« 

LA RENCONTRE AVEC BILAL HASSANI

Alexis : Quand j’ai commencé à écrire le film je passais pas mal de temps sur Youtube, et je suis tombée sur la vidéo où il racontait comment les gens ont appris son homosexualité dans son collège, où ça s’est très mal passé, il s’est fait harceler, et il n’a pas été défendu par l’institution. Ça m’a bouleversée, et j’avais été touché par la manière dont il s’adressait à sa communauté. Je me suis dit que les Youtubeurs sont les conteurs des temps modernes. Il y avait déjà la dimension du conte dans le film, mais pas de conteur. Je me suis dit qu’il faudrait que cette histoire soit racontée par un Youtubeur, donc la première impulsion de ce rôle est née de cette vidéo de Bilal. Des années plus tard, il m’écrit après avoir vu un de mes films, on commence à échanger. Et c’est grâce à Inès, ma productrice, qui m’a poussée à lui proposer le rôle – j’aurais jamais pensé qu’il accepterait. Mais finalement ça l’excitait, parce que l’univers des pop stars, ça le passionne, et il a aussi un petit Steevy en lui donc ça lui a rappelé des souvenirs (rire).

PREMIER LONG : LE PLUS DIFFICILE ET MOINS DIFFICILE ?

GIO : Le plus dur… c’était la scène du fist (rires).

Moi : Merci, j’ai trouvé mon titre (rires)

GIO : Je ne peux pas révéler pourquoi mais je suis vêtu d’une certaine manière qui empêchait mes mouvements, et il y a une vidéo qu’Alexis adore montrer où je suis en costume et ça fait shloup shloup (rires). Physiquement, c’était dur quoi, j’ai jamais eu aussi chaud de ma vie.

LOUIZA : Pour moi le plus dur c’était la fin du tournage. D’arrêter. C’était hyper émouvant, on était toustes hyper heureux, on a grave chialé. Après je me suis retrouvée toute seule et là… je suis quasi tombée en dépression. J’étais en mode, en fait la vie c’est fade. J’avais vécu des trucs de ouf, et d’un coup j’étais de retour à Paris… J’ai eu un truc de décompression où je ne savais plus quoi faire de moi. 

Alexis : On a répété très longtemps avec Gio et Louiza, et on avait une liberté dans la recherche avant le tournage on a passé beaucoup de à trouver les émotions… Du coup parfois le tournage me paraissait dur, parce qu’on est plus dans la recherche d’un moment, on est dans un truc concret où on a deux heures de retard à cause d’un projecteur. On a tourné le film en seulement 5 semaines. On avait créé une certaine complicité donc on pouvait aller vite sur le plateau, mais franchement faire ce film en 5 semaines, je ne sais pas comment on a réussi. 

LOUIZA : Oui voilà, le plus facile c’est qu’on avait des super bonnes capacités de communication pour le jeu, et tout le reste. Grâce aux répétitions et à la complicité, on arrivait à se comprendre direct, et ça allait plus vite. 

AL : On convoquait des choses qu’on avait déjà traversées en répétition. Y a de la magie qui passe parfois sur le plateau, mais je pense qu’il n’y a jamais de magie complètement improvisée ; Après y a des idées qui se trouvent parfois sur le moment bien sûr, mais j’ai le sentiment qu’on se sent plus à l’aise quand on a des choses qu’on a déjà ressenties en répétition. Et aussi, c’était important pour moi de trouver des émotions fortes sans puiser dans les méthodes genre souvenir traumatique, etc. Du coup on a fait un travail qui peut s’apparenter à celui des drag queens mais pour émotions : une sorte de lip-sync des émotions. On regardait pas mal de scènes de films ou des chansons.

GIO : On a joué chacun-e le psy du personnage aussi, et on s’est entraîné à parler au psy en tant que notre personnage.

ALEXIS : On est arrivé-es le plus tard possible au texte, on improvisait beauciup. On a refait des scènes de film, comme des scènes de Sailor et Lula…

LA BELGIQUE 

Alexis : Au départ c’est une raison bêtement financière. Ma productrice Inès des Films du Poisson a rencontré Benoit Roland de Wrong Men, qui a adoré le projet et l’a défendu. C’était fou parce que les réactions en Com’mission entre la Belgique et la France, c’était le jour et la nuit ! Je ne sais pas si c’est le côté « exotique » de queers qui viennent de l’étranger, mais sur le même scénario, on a eu des retours contradictoires. J’ai rencontré Drag Couenne juste avant qu’elle gagne la finale de Drag Race Belgique, et là aussi, on peut dire que je suis tombée amoureuse de son drag, je me suis dit, il faut qu’on tourne avec ! Et puis en Belgique on a rencontré des gens de la communauté queer, je pense à Jameelah Maury, le costumier, qui nous a vraiment fait découvrir la vie queer bruxelloise ! On a été au Barrio, au Recyclart… On a rencontré plein de gens. D’ailleurs une grande partie des personnes queer de Bruxelles font partie de la figuration, j’aime pas ce mot, mais elles sont venues pour les scènes de fête, et c’était super, comme retrouver des vieilles copaines.

ASPECT POLITIQUE DU FILM ?

Alexis : Déjà la volonté de mettre des personnages queer au centre, c’est politique – et aussi de leur offrir des grands récits. Également dans le fait d’avoir essayé de constituer une équipe au maximum queer, pas uniquement blanche… un film, quelqu’un le signe certes, mais c’est une collaboration.

Louiza : Au-delà du queer, il y a aussi une dimension politique dans le personnage de Mimi : elle est afrodescendante, et moi qui suis racisée du coup je trouvais ça beau que la star soit une personne noire, et qu’on voie aussi le blanchiment qu’elle subit de son image : au début elle a une afro, ensuite les cheveux lisses et blonds… Elle est de plus en plus éloignée de ses racines et de son identité pour devenir plus « bankable ». On a essayé d’ajouter des éléments pour accentuer cette dimension de son identité.

Alexis : C’était pas écrit comme ça dans le scénario, et c’est vraiment la rencontre avec Louiza qui a amené ça. Et pour moi c’est aussi ça une manière queer de travailler c’est-à-dire, d’être à l’écoute, et réfléchir à différentes manières de faire. Faut que ça reste dans l’identité du film, mais c’est aussi important d’accueillir des propositions et refaçonner les personnages sur base des acteurs et actrices qui vont les incarner. C’est beaucoup plus beau, finalement. Je pense que quand on choisit des acteurices, on les choisit aussi pour ce qu’ils sont. C’est pas des poupées. Même si ce sont des rôles de composition, l’idée c’est de faire se rencontrer le réel et la fiction. 

Louiza : Cette dimension m’a touchée dans le personnage de Mimi, parce qu’en grandissant il n’y avait pas de filles qui me ressemblaient dans les films que je voyais. C’est vrai que j’ai grandi avec l’idée qu’être une femme c’était être blonde, grande, avec des cheveux lisses. J’avais la hantise de ne pas être ce que je devrais être, alors que j’étais juste une petite fille. C’est important de raconter qu’il y a plusieurs manières d’être une femme. En plus c’est Mati Diop qui fait la voix de ma mère ! Et ça c’est vraiment la classe. 

DERNIÈRE QUESTION – DERNIER COUP DE CŒUR CINÉ ?

Gio : Shakedown de Leilah Weinraub c’est mon film préféré.

Alexis : Les Sports X-Trem de Gio Ventura (rires)

Louiza : Ah celui-là c’est mon film préféré aussi (rires)


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