‘Bird People’ : Pascale Ferran, drôle d’oiseau [interview]

Première publication : L’Avenir – 2 juillet 2014

Si elle prend son temps, Pascale Ferran est loin de bayer aux corneilles. Huit ans après ‘Lady Chatterley’, la réalisatrice française est de retour avec ‘Bird People’ : un film envoûtant, constellé de moments de grâce. Elle nous en parle.

 Pascale Ferran, ‘Bird People’ se déroule entre un aéroport et un hôtel. Le fait de transiter régulièrement dans ce genre de lieux impersonnels a-t-il nourri votre scénario?

Bien sûr. Ces décors m’étaient très spontanés. J’ai voyagé beaucoup à l’époque de Lady Chatterley,jusqu’en Suède ou au Japon, donc je me suis retrouvée dans ce genre d’ambiances assez particulières. C’était agréable de se balader entre deux entretiens comme une petite souris dans la ville. Mais le soir, seule dans sa chambre, il peut y avoir des sentiments de solitude très forts. Et puis aussi, bizarrement, une perception très nette de l’absurdité de certains endroits – je pense aux carrés VIP, ces pièces dans certains hôtels où tu as cinq mecs devant trois pistaches et un verre de vin, leur ordinateur devant eux et une télé allumée qu’ils ne regardent pas au-dessus de leurs têtes… Tout ça est absurde (rires)! Ces cloisonnements dans tous les sens apparaissent particulièrement fort dans ce genre d’endroits.

Il est aussi beaucoup question de rituels…

Oui : comment dans une chambre impersonnelle, on se recrée, même pour peu de temps, une espèce de terrier pour avoir l’impression qu’on est un peu chez soi, avoir ses repères. Gary reprend plein de choses que je fais moi-même: en arrivant, il met les pubs de l’hôtel dans le tiroir pour ne plus les voir… Pour Audrey (NDLR: la femme de chambre) j’ai fait des entretiens dans des hôtels, j’ai suivi une femme de chambre quelques heures pour connaître précisément les protocoles de ménage, de hiérarchie, qui sont assez compliqués – c’est une vraie micro-société!

Vol de moineaux, plans aériens… Une grande partie du film se passe dans les airs. Avez-vous eu des difficultés à obtenir certaines scènes? Car survoler Paris est théoriquement interdit…

On a cru qu’on n’y arriverait jamais! Sur ce tournage, on a réussi à soulever des montagnes! Car une idée sur deux était, sur le papier, quasi impossible. Les premières images qui me sont venues quand j’écrivais le scénario, c’était le survol de Roissy. Donc, pour moi, il était hors de question qu’on ne tourne pas ces plans. Sauf que ça ne s’était jamais fait, car on n’a pas le droit de survoler Roissy – sauf cas d’urgence! Au final, on a mis six mois à avoir les autorisations, car il fallait réunir autour de la table les Aéroports de Paris, la Navigation civile, la Préfecture de Seine-Saint-Denis, le ministère de la Défense… Tout le monde. Et on a fini par y arriver! Ce sont les derniers plans que j’ai tournés, au moment où l’hiver arrivait…

Heureusement qu’il n’a pas neigé!

Exactement, on a eu un pot inimaginable. Chaque matin, on pensait qu’on n’aurait pas les plans qu’il fallait…. Et chaque soir, quelque chose se passait qui faisait qu’on l’obtenait. Parfois, ça ne tenait à rien. On n’était jamais tranquille (rires) !

 

BIRD PEOPLE

De Pascale Ferran, avec Anaïs Demoustier, Josh Charles… Durée : 2h07. Sortie Belgique : 2 juillet 2014

Ce que ça raconte : C’est l’histoire de deux drôles d’oiseaux, quelque part près d’un aéroport parisien. Le premier est un homme d’affaires américain en transit au Hilton de Roissy entre deux «business trips». Le deuxième est une étudiante engluée dans le quotidien de son job de femme de chambre. Pour ces deux êtres solitaires entraînés comme des millions d’anonymes dans le brouhaha du quotidien, la journée va prendre une tournure inhabituelle, voire surnaturelle… et leur permettra de prendre leur envol.

Ce qu’on en pense : Pascale Ferran élève sa caméra au-dessus des nuages, et le spectateur se sent pousser des ailes. Empli de petits détails quasi invisibles, Bird People regorge de moments magiques; ces instants flottants où le temps se suspend, laissant transparaître l’absurdité fugace de l’existence. Sans pour autant verser dans le pédant, c’est avec grâce, humour et légèreté que le film aborde ces thèmes terre à terre, porté par une grande fluidité dans les dialogues, et quelques héros surprenants. Mais chut! La surprise est à découvrir à l’écran…

 

 

crédit photo : Imagine Film Distribution

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