Aimer, Boire et Chanter : Si Alain meurt, Alain Resnais

Première publication : L’Avenir – 26 mars 2014.

Trois couples dans la campagne anglaise, et un homme invisible : le dernier film d’Alain Resnais, décédé ce mois-ci, combine avec humour et malice plusieurs thèmes récurrents de son cinéma. On prend les mêmes et on recommence, une toute dernière fois.

Le 1er mars dernier, après 91 ans d’existence et 19 longs-métrages, Alain Resnais tirait sa révérence. Il n’aura pas eu le temps de voir son dernier opus en salles, mais on imagine que le nombre d’entrées était loin d’être une préoccupation pour le cinéaste, qui entretenait un bon rapport avec son public: à quelques exceptions près, dès Hiroshima Mon Amour (2 millions d’entrées en France) et jusqu’au récent Les Herbes Folles, ses films ont franchi la barre du demi-million de spectateurs… même quand les critiques faisaient la fine bouche.

Car il est vrai que le « style Resnais » en a déconcerté plus d’un. Mais qu’on l’adore ou qu’on l’abhorre, et même s’il avait ce terme en horreur, ce natif du Morbihan était un véritable auteur de cinéma: d’un film à l’autre, s’il savait se réinventer, sa patte se reconnaît entre toutes, grâce à plusieurs caractéristiques récurrentes. Son dernier-né ne fait pas exception. La preuve par trois.

1. La forme prime sur le fond. «J’aime, au cinéma, même dans un documentaire, sentir qu’on est au cinéma, que le jeu et les décors soient visibles, que cela ne ressemble pas à la vie» confiait-il aux Cahiers du Cinéma. Chez Resnais, ce n’est pas tant l’histoire qui compte, mais plutôt la façon dont elle va être racontée.Au fil de ses réalisations, le cinéaste déconstruisait à l’envi les structures narratives pour créer des nouvelles formes (cf. L’Année dernière à Marienbad). Même logique dans Aimer, Boire et Chanter, qui alterne dessins, intertitres, prises de vue réelles et décors théâtraux: Resnais rappelle sans cesse au spectateur que tout ça, c’est «pour de faux».

2. Une intertextualité foisonnante. Amateur de BD, théâtre et littérature, Resnais avait pour habitude de faire dialoguer son cinéma avec ces formes d’art. On pense à Hiroshima adapté de Duras, mais saviez-vous que Smoking/No Smoking et Cœurs sont adaptés de pièces du Britannique Alan Ayckbourn? Et que l’auteur de BD Blutch a collaboré avec Resnais sur deux films? Jamais deux sans trois: Aimer, Boire et Chanter est une adaptation de Life of Riley d’Ayckbourn, ponctuée par des dessins de Blutch.

3. Une joyeuse troupe d’acteurs fétiches. Outre ses comédiens fétiches, Sabine Azéma en premier, Resnais était aussi fidèle à son équipe technique. Le décorateur Jacques Saulnier, qui l’accompagne depuis les années 60, a élaboré les décors d’Aimer Boire et Chanter, dans lequel on retrouve Azéma, Dussollier, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol… et la petite nouvelle, Sandrine Kiberlain.Renouant avec son humour facétieux et ses expérimentations, l’ultime film d’Alain Resnais séduit par sa mélancolie annoncée tout autant qu’il déconcerte par ses formes cocasses. À la fois réussi sans être un chef-d’œuvre, et décevant sans être raté, Aimer, Boire et Chanter est comme un dernier verre pour la route, agréable en bouche, mais amer sur la fin.

 

AIMER, BOIRE ET CHANTER

D’Alain Resnais. Avec Sabine Azéma, André Dussollier et Sandrine Kiberlain. Durée: 1h48. Sortie Belgique : 26 mars 2014

 

crédit photo : Les Films de L’Elysee

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