Deux plus deux pieds

Après un an avec deux plus deux jambes en l’air, entre-nouées ou à se couper, deux plus deux pieds sur deux cœurs emballés, deux plus deux pieds sur deux corps à l’écorce avide de traces, 

il m’a bien fallu me résoudre à ne marcher que sur deux pieds.

Avec des béquilles d’abord, des béquilles en carton. Puis petit à petit, avec un peu d’eau salée, du sable sur les genoux, le pays retrouvé, forcément l’été, l’amertume douce de ses bruits et ses sons, de ses nuits, du goût et de l’accent que prennent les choses, j’ai réappris à marcher. Toute seule comme une grande.

Maintenant je ne veux plus marcher. Je ne veux plus être une grande. La voix dans ma tête geint quand je me tords, comme un enfant, j’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre, en boucle, disque rayé, genoux par terre, fantasmes enfouis de miroirs brisés sur tables basses, verre brisé partout,

et le seize qui se faufile, au tournant des jours vides qu’il reste encore à compter, à passer en faisant semblant de ne pas y penser, conjurer le nuage gris, tordre autrement le ventre, jurer, pester, espérer, expirer.

il va bien falloir me résoudre à danser sur mes deux pieds.

Et puis… finalement, le seize, j’ai dansé sur mes deux pieds, et sur les deux siens à côté. C’est dit, si je ne sais pas où je vais… j’ai avec qui marcher.


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