Sean Penn perd la face avec ‘The Last Face’ : interview malaise à Cannes

Première parution : Metro Belgique – 26 avril 2017

Accueilli avec des huées et une critique unanimement assassine au dernier Festival de Cannes, ‘The Last Face’ de Sean Penn a fini par sortir en salles la semaine dernière. Le film raconte la love-story déchirante de deux humanitaires Blancs sur fond de conflit africain. Pourtant reconnu pour son travail d’acteur et cinéaste (‘Into the wild’) ainsi que pour son engagement politique et humanitaire, comment Sean Penn en est-il arrivé à faire un film aussi navrant ? Retour sur une rencontre cannoise à la tension palpable. 

 

Quelle était votre motivation première dans l’envie de faire ce film ?

Sean Penn : « C’est un scénario qui circulait depuis un certain temps, je pense que j’en ai entendu parler vers 2005, parce que ça a été écrit juste après la guerre civile au Liberia. On m’avait vaguement parlé de jouer le rôle du pilote d’hélicoptère (finalement joué par son fils Hopper, dont c’est le premier rôle au cinéma, NDLR), mais je n’avais jamais été officiellement impliqué dans le projet. Et puis des années plus tard, quand on m’a proposé de réaliser le film, la première chose qui m’a motivé c’est que j’aimais l’idée de voir Charlize Theron et Javier Bardem dans les rôles principaux. J’ai lu l’histoire en pensant à eux. Plus que n’importe quel autre élément, c’est ce qui fut pour moi la première étincelle. »

 

Comment c’est arrivé ?

« J’avais présenté Javier aux gens qui développaient le projet depuis quelque temps déjà. Le premier projet de film est tombé à l’eau, mais Javier a conservé son intérêt, et il en a parlé à mon producteur Matt Palmieri, qui a acheté les droits du scénario. Donc ils ont commencé à contacter des réalisateurs… Et comme à l’époque je passais beaucoup de temps avec Charlize, j’ai pensé à eux deux en relisant le scénario. Et puis plein d’autres choses m’ont donné envie : le fait que ça parlait d’un monde qui m’est familier, mon expérience dans le domaine… Une chose en a amené une autre. Et ce que je ne connaissais pas, j’ai pu aller au Liberia, en Sierra Leone et au Sud soudan et le découvrir. »

 

Vous alternez entre actions humanitaires et travail au cinéma. Ce sont deux activités très intenses et bien sûr très différentes, mais pourrait-on en un sens comparer l’action humanitaire à la réalisation d’un film ?

« Oui, absolument. Honnêtement, quand j’ai commencé à travailler en Haïti, j’ai vu que l’ensemble de compétences requises était le même : le tempérament était le même, l’urgence était la même…. Même le budget était le même (rires). Sauf que les enjeux étaient différents, bien sûr : d’un côté des vies humaines, de l’autre un film. Mais gérer des situations d’urgence, ou des soucis de financement, je sais comment faire sur un plateau, donc j’ai su comment le faire là-bas. C’est le même business, mais avec des enjeux différents. »

 

Comment, se protéger de la frustration, quand on fait ce genre de travail humanitaire ?  

« Vous ne pouvez pas. C’est un combat de tous les jours. On n’a pas encore trouvé de formule magique : parfois en voulant bien faire, on fait plus de mal que de bien. Qu’est-ce qui marche ? Comment faire ? Bien sûr on réfléchit, on essaye de faire les choses intelligemment, de toujours avoir l’aval des populations locales… Mais bon, les gens sont ce qu’ils sont, et quand vous repartez de là, des années de boulot peuvent s’écrouler en une seconde si quelque chose se passe au niveau politique, ou autre… Donc oui, c’est un jeu frustrant. Vous le faites, parce que vous avez la foi… Mais c’est un peu aveugle. »

 

Dans le film vous confrontez le spectateur à des scènes d’une grande violence. Pourquoi était-ce important de montrer cela ?

Si le spectateur se sent confronté par ces images, c’est qu’il a été négligent. Pour moi, je ne confronte pas, je montre. C’est juste ma façon de voir les choses.

 

Vous centrez l’histoire autour d’un couple de Blancs dans un pays d’Afrique, ce qui vous a valu des critiques. Pourquoi ne pas avoir choisi un couple Noir ?

Je ne vais pas m’excuser de penser comme ça. J’ai été ce couple blanc, ce film est juste un reflet de quelque chose de réel. Je parle du point de vue de mon expérience. Si quelqu’un va voir le film et qu’il est fermé à cette idée, il peut aller se faire foutre. Ça ne m’intéresse pas.

 

Mais pourquoi pensez-vous que la presse a si mal réagi ?

Ce n’est pas à moi de le dire. Je ne sais pas.

 

Pensez-vous que toute publicité est bonne à prendre ?

Non. Je pense que les arts, en général, payent le prix d’une publicité surestimée. Je pense que beaucoup de gens créatifs ont été totalement cooptés [par l’industrie, NDLR]. En gros, si tu n’es pas dans une franchise, tu n’existes pas. Certains arrivent mieux que d’autres à capitaliser sur ces conventions. Le journalisme fait pareil : il régurgite. C’est la course à qui sera le meilleur « régurgitateur » du travail de quelqu’un d’autre. (NB : donc il compare le journalisme [de cinéma] au vomi, on apprécie.). Ce n’est pas inspirant, pour moi. J’ai grandi à l’époque dorée du cinéma américain, où on avait des films comme ‘Badlands’, ‘Scarecrow’… Je ne retrouve plus cela aujourd’hui. Le cinéma n’est pas l’endroit où je chercherais pour changer le monde. Je pense qu’on a besoin d’outils plus forts que les films en ce moment.

 

Comme quoi, par exemple ?

Je suis davantage intéressé par une politique dynamique claire que par l’art, en ce moment. Pas pour moi, je ne ferais pas de politique, mais je passe beaucoup de temps à soutenir ce genre de choses. Vous savez, les arts, c’est important quand vous vous êtes à l’abri, que vous avez à boire et à manger. Mais ça ne compte pas tant que ça quand vous êtes sous terre, et c’est vers là que le monde est en train d’aller.

 

En quelques mots…

Dès la première image, le ton est donné : « « La violence de la guerre n’est comparable [pour les Occidentaux] qu’à la brutalité des rapports entre un homme et une femme qui s’aiment d’un amour impossible. » Le reste du film est tout aussi maladroit et grandiloquent. Le reste du film, c’est l’histoire d’amour impossible entre Wren (Charlize Theron, à l’époque compagne de Sean Penn), directrice d’une ONG humanitaire, et de Miguel (Javier Bardem, ténébreux), chirurgien et humanitaire lui aussi, sur fond de conflit au Liberia. S’ils sont d’accord que la guerre, c’est mal (Wren le dit toutes les dix minutes), les amoureux n’ont pas le même point de vue sur la politique à mener pour gérer le conflit. (Mais Miguel couche aussi avec la cousine de Wren qui a le SIDA -Adèle Exarchopoulos, deux minutes à l’écran- donc Wren est pas contente). Le message humaniste est honorable, mais on le perd vite de vue, entre les scènes d’amour glamour et les scènes de violence brute. On parle de guerre en Afrique, mais au final on voit surtout les ‘soucis’ des Blancs privilégiés, les Noirs étant relégués aux seconds rôles. Ironique pour un film qui veut dénoncer l’indifférence occidentale. Filmé avec l’esthétique d’une pub Dior, le tout est noyé dans une musique sur-omniprésente (signée Hans Zimmer), sans parler des acteurs sacrifiés (Jean Reno et Jared Harris se partagent deux répliques). Bref, un ratage complet.

 

 

 

(Photo by Richard Shotwell/Invision/AP, File)

 

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