Il y a quelques annĂ©es, quand je dĂ©butais dans le journalisme cinĂ©, j’avais fait des interviews pour un joli petit film français sur deux frĂšres paumĂ©s en Argentine. Ăa s’appelait « Mariage Ă Mendoza », et c’est la seule rĂ©fĂ©rence que j’ai quand j’atterris dans cette ville de l’ouest du pays, Ă quelques heures de la frontiĂšre avec le Chili. PremiĂšre info de base : avec ses ceps de vigne qui t’accueillent dĂšs l’aĂ©roport, et le mot Malbec sur tous les palais, tu apprends vite qu’Ă Mendoza le vin est une spĂ©cialitĂ©. La visite des bodegas et la dĂ©gustation des crus locaux c’est donc un peu un passage obligĂ©. Et c’est pas parce qu’on se les gĂšle en juillet que les cĂ©pages sont morts de froid : la guide n’a pas hĂ©sitĂ© Ă faire craquer les branches sous ses doigts, pour nous montrer qu’il sont encore pleins d’humiditĂ©. Et quand le temps des vendanges sera arrivĂ©, chez Domiciano ils nous ont appris qu’ils sont parmi les rares Ă le faire de nuit : c’est une façon d’amĂ©liorer la qualitĂ© et d’Ă©viter l’oxydation. AprĂšs la visite thĂ©orique, les verres Ă pied nous attendaient pour mettre tout ça en pratique. Trois crus diffĂ©rents dans le bide avant le repas de midi : c’Ă©tait un dĂ©fi d’enfourcher le vĂ©lo aprĂšs sans tituber. Mais je l’ai relevĂ©.

Exit la civilisation, place aux expĂ©ditions. AprĂšs avoir battu le pavĂ© du centre-ville, de la Plaza Independencia Ă la calle ArĂstides oĂč siĂšgent tous les bars notoires, le deuxiĂšme truc inratable quand t’es Ă Mendoza, c’est la Cordillera. On a optĂ© pour le circuit classique, baptisĂ© Alta Montaña : rĂ©veil avant l’aube direction les sommets, pour voir le soleil se lever sur les cimes enneigĂ©es. Ă travers la vitre d’abord, puis en vrai, de plus en plus prĂšs. Hors de question de les grimper hein, chuis pas devenue sportive – et encore moins par zĂ©ro degrĂ©s. Mais difficile de ne pas ĂȘtre impressionnĂ©e. Ăternelles et impassibles, majestueusement dressĂ©es, je pense Ă tous les petits humains que ces montagnes ont vu passer pendant des siĂšcles d’affilĂ©e, tandis que j’enfile mes bottes de ski de location pour Ă©viter une amputation des pieds.

On dirait pas comme ça, parce qu’on Ă©tait dĂ©jĂ Ă trois mille mĂštres d’altitude, mais la petite colline dressĂ©e lĂ , c’est le plus haut sommet de toute l’AmĂ©rique. Eh ouais, mĂȘme les Yankees et leur Denali en Alaska n’arrivent pas aux 6900 mĂštres de l’Aconcagua. Reconnaissable hiver comme Ă©tĂ© grĂące Ă sa pointe blanche Ă©ternelle, ancien lieu de passage des Quechuas, on s’est arrĂȘtĂ©s sur la route pour le saluer. MĂ©ga respect aux courageux qui chaque annĂ©e entreprennent le voyage pour le monter.

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