‘Mon nom est clitoris’ : l’organe de la révolution

Première parution : L’Avenir, 19 novembre 2019
Mon nom est Clitoris
image extraire de Mon nom est Clitoris de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet, Belgique, 2019

Longtemps ignoré, souvent redécouvert, le clitoris revient aujourd’hui sur le devant de la scène. Un retour porté par les nouveaux mouvements féministes, pour lesquels le droit au plaisir est aussi un des enjeux de l’égalité.

En 1975, Pierre Perret nous chantait qu’on saurait « tout sur le zizi ». En 1996, Eve Ensler bousculait le théâtre avec ses « Monologues du Vagin ».  En 2019, c’est au tour du clitoris de faire sa révolution. D’Instagram à la rue en passant par les livres ou le ciné (voir ci-après), cet organe longtemps mal-aimé connaît un regain de visibilité. Une mise en lumière qu’on peut lier aux dernières évolutions technologiques, qui ont récemment dévoilé sa taille entière (10cm). Mais aussi à l’essor de ce qu’on appelle la ‘quatrième vague’ féministe, portée par la génération des années 2000, née avec un smartphone dans la main. « Le déclic est venu en 2017, quand un manuel scolaire en France a été le premier à le représenter » se souvient Camille, qui a pu enfin visualiser le sien à… quasiment 30 ans.

« Quand je le montre à certaines, elles sont hallucinées »

Mais une représentation médicale ne suffit pas pour redonner ses lettres de noblesse à cet organe entièrement dédié au plaisir. « A l’école lors des cours d’éducation sexuelle, côté filles on apprenait la grossesse, le cycle menstruel. C’est tout ! Mais côté garçons, on leur parlait déjà d’érection, d’excitation. Ce n’est pas uniquement générationnel : aujourd’hui encore, une ado sur quatre ne sait pas ce que c’est ! Quand je le montre à certaines, elles sont hallucinées » poursuit Camille. Et parfois un hashtag peut remplir les lacunes de la scolarité. Longtemps réduit à un ‘petit bouton’, la découverte de la vraie taille du clitoris a aussi eu l’effet d’une bombe pour Marine, 33 ans : « Ça m’a confirmé ce que je ressentais dans mon corps : que l’orgasme strictement vaginal est un mythe. Sans stimulation clitoridienne, rien ne se fait ! Quand je pense à mon ex, qui me disait ‘ne servir à rien’ dans nos rapports quand j’avais un orgasme clitoridien… Mieux informée, j’aurais pu sortir de cette culpabilité ! »

Une méconnaissance que ‘Mon nom est clitoris’ veut combler. Ce documentaire signé par deux bruxelloises réunit une dizaine de filles face caméra, pour parler intimité, plaisir et sexualité. A la fois bienveillant et éclairant, le film a clairement une utilité publique. Et l’ambition d’être montré dans les écoles : « Je pense qu’il n’y a pas de ‘trop tôt’ ou de ‘trop tard’ : il faut se débarrasser des jugements moraux pour se concentrer sur les questions éthiques, politiques et sanitaires. » explique Daphné, une de ses coréalisatrices. « Le but, c’est qu’aucune fille de 14 ans ne se mette à parler de sa sexualité avec sa maman en commençant par lui dire qu’elle est enceinte, comme l’une de nos témoins. »

Où le trouver ?

Le clito se décline…

En livre : « Politique du clitoris » de Delphine Gardey (éd.Textuel)

La sociologue et historienne Delphine Gardey se penche sur l’histoire du clitoris à l’aune de sa popularité retrouvée. Un essai qui va de la Renaissance à Freud en passant par l’opposition Orient/Occident ou les questions LGBT.

En livre : « Le livre très sérieux du clitoris » de Caroline Balma-Chaminadour (éd. Jouvence)

Dans un registre plus léger, ce livre parsemé de dessins et d’anecdotes aborde aussi des sujets graves comme l’excision, et dispense même quelques leçons de stimulation.

En film : « Mon Nom est Clitoris » de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet, sortie 20 novembre

Assises sur leur lit, des filles se confient. Sur leur clitoris, leur sexualité, leurs doutes et leurs expériences passées. 1h20 de confessions intimes passionnantes qui nous renvoient à notre vécu, pour tous les âges et tous les genres confondus.

En websérie : Clitrevolution d’Elvire Duvelle-Charles et Sarah Constantin

Propulsée par France Télévisions, cette websérie documentaire de 9 x 13 minutes remet avec un humour effronté le clitoris au centre de la discussion sur le pouvoir de la féminité. Plaisir, avortement, porno : rien n’est épargné.

Sur Instagram : @gangduclito, @jemenbatsleclito, @tasjoui @jouissance.club…

Que ce soit pour informer, pour partager des témoignages anonymes, pour rigoler ou pour apprendre à prendre son pied, les comptes Instagram sur le clito sont légion !

Dans la rue : « it’s not a bretzel »

Lancée en mars dernier, cette campagne a placardé des centaines d’images de clitoris dans les rues de Paris et Bruxelles, dans le but d’informer sur sa forme réelle. Qui n’a donc rien à voir avec celle d’un bretzel.

 

crédit photo : Iota Production

 

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