Interview et Burger Quiz express avec Alain Chabat

Texte intégral de l’interview parue dans Metro Belgique le 5 février 2020 + bonus audio en fin d’interview

Ne cherchez pas Alain Chabat sur les réseaux sociaux : vous ne le trouverez pas. le comédien culte de ‘La Cité de la Peur’ admet qu’il y perdrait trop de temps, entre la reprise du Burger Quiz et les comédies des amis (‘Play’ et on le verra bientôt dans ‘Kaamelott’). Mais pour #JESUISLA d’Eric Lartigau (‘La Famille Bélier’), il s’est prêté au jeu : il va jusqu’en Corée pour une fille rencontrée sur Instagram… et devient un hashtag malgré lui.

(NB – Interview réalisée en duo avec Élise Lenaerts de L’Avenir)

Alain Chabat à Bruxelles le 11 janvier 2020 (photo perso)
Alain Chabat à Bruxelles le 11 janvier 2020 (photo perso)

Comment choisissez-vous vos rôles en général, et celui-ci en particulier ?
Déjà je vais vers des trucs que je ne sais pas écrire, que je n’aurais pas écrit. Ou même si c’est un sujet, mettons si je pensais à un sujet… enfin bref (rires), quelque chose que je ne sais pas faire, que je n’aurais pas fait moi-même.

Vous n’auriez pas pu écrire le personnage de Stéphane…
Voilà, autre chose. Sinon je le fais moi-même. Ensuite, j’aime sentir qu’il y a un(e) cinéaste qui a un truc bien clair, où je sens qu’il ou elle a quelque chose à raconter qui lui tient visiblement à cœur – même si je ne comprends pas tout. Et je sens qu’il y a un point de vue, que je vais être dirigé… sinon ça ne m’intéresse pas. Et puis après, le scénario, les partenaires… et aussi la façon de le faire, quand même. Il y a des projets que j’ai refusés parce que je me suis dit « Je ne vais pas m’entendre avec les gens qui sont en train de faire ce truc ». Pour des raisons X ou Y, je ne sais pas, ça ne me plaît pas comment il a parlé à machin, je n’en sais rien. Après je peux être un peu casse-couille sur des détails, on va dire. C’est à peu près ça… Comme j’ai la chance de pouvoir choisir, c’est ça qui me… Même si je ne veux pas forcément que ce soit super sympa comme tournage, je m’en fous. Si le tournage est dur – ou même je peux avoir quelqu’un où je me dis « OK, c’est un caractère fort, ça va peut-être être un peu sportif, mais en fait… ils ont les valeurs essentielles pour moi… si elles sont, disons, les miennes en tout cas, je me dis ça va, j’y vais. Même si ce n’est pas forcément une colonie de vacances.

Et du coup ici, Éric Lartigau a dit vouloir vous mettre un peu dans l’inconfort, vous avez senti ça ?
Euh, oui mais ça ne m’a pas… je ne peux pas tout jouer, je le sais, et il y a des films où je me dis « ça jamais de la vie j’arriverai à le faire ». Donc ça c’est une zone même pas d’inconfort, c’est une zone d’incompétence. Mais là je me disais, j’ai l’impression que, puisqu’il me demande, je vais pouvoir le faire. Je lui faisais confiance. C’est une zone d’inconnu, plus que d’inconfort. Mais oui je vois ce qu’il veut dire.

Il y a un clash culturel quand même, entre les Coréens et vous…
Oui, mais ça, ça me plaisait, pour être très alerte et à l’écoute. Ce sont des comédiens et comédiennes avec qui je ne parle pas la même langue, donc forcément il va falloir qu’on se retrouve sur quelque chose pour jouer. Mais ça j’aimais bien, parce que… Moi faut pas que je réfléchisse, en fait. Le moins je réfléchis, le mieux je me porte, en tout cas quand je fais l’acteur chez quelqu’un d’autre.

Les réseaux sociaux, c’était une zone d’inconfort aussi ?
C’est plutôt de la science-fiction ! Je n’ai pas d’Insta, pas de Twitter, pas de Facebook. Mais en même temps je ne suis pas étranger : via le compte de Burger Quiz, ça me permet de suivre un peu, de m’amuser avec ça. Mais moi, je pense que ça ne me servirait à rien. Enfin, je pourrais m’amuser avec un compte Instagram, il y a des trucs sur Insta qui me font marrer, je vois bien qu’il y a un espace assez créatif. Mais je pense que ce qui me gênerait, c’est les commentaires, positifs ou négatifs, qui ne me servent à rien dans ma vie, dans mon travail… Je veux dire, qu’on me dise que je suis le meilleur, ou le plus nul, dans les deux cas ça me pollue, en fait. Donc je préfère ne pas avoir ces retours-là.

Vous ne regardez jamais les critiques alors ?
De moins en moins. En fait je me rends compte que ça ne m’aide pas du tout.

Parce que ça vous touche, ou parce que ça ne vous touche pas ?
Non mais si on me dit « c’est super t’es génial », ou je ne le crois pas, ou ça me fait vaguement plaisir… Ou je le crois, et alors là c’est l’enfer. Et si on me dit « c’est de la merde, t’es qu’une merde »… ou ça me touche, et ça me démonte… Donc… Dans Burger Quiz par exemple ce qui me plaît dans la petite communauté qui nous suit, c’est que soit ils abondent, et ils nous trouvent d’autres conneries, et je trouve ça marrant, soit ‘ils pointent des erreurs de temps en temps. Les gens sont créatifs en fait. Ils nous disent « Ah vous auriez pu répondre telle chose »… Pour le coup quand on lit de temps en temps on se dit « putain il est bon, lui, ça c’est une bonne vanne, merde c’est vrai on aurait dû la trouver ». Donc tu te dis tiens c’est cool, on a 5000 auteurs en plus. Et de temps en temps… par exemple une fois on a fait je crois dans un Burger de la mort, vrai ou faux Marvel a fait une super-héroïne femme-fontaine qui s’appelle AquaWoman. Et on nous a dit « Les mecs, Aquaman c’est pas Marvel, c’est DC ! » Et là tu te dis « Ah mince c’est vrai on n’a pas été parfaitement au point sur cette vanne ». C’est bien, c’est le côté nerd, geek

A l’époque des Nuls vous n’étiez pas confronté à ces retours ?
Si, mais c’était tellement… C’est plus compliqué d’écrire des insultes, plier la lettre, la mettre dans une enveloppe, lécher le timbre, poster le truc… c’est un moment d’énervement qui est très long, tu vois ? C’est plus rapide de dégainer un tweet, va te faire enculer sale merde, ça va plus vite…

En fait si vous n’êtes pas sur les réseaux, c’est parce que vous avez peur d’y passer trop de temps ?
Ouais, je pense. Déjà que je perds du temps avec mon portable sur le net à regarder des trucs… J’aime bien hein, mais ouais c’est ça, c’est vraiment chronophage. Mais je ne sais pas, y a un truc. J’aime bien quoi. Je pense que je serais né là-dedans… Je serais forcément… Je n’imagine pas ne pas tomber dedans, quoi.

Comment vous expliquez que Stéphane reste aussi longtemps dans cet aéroport ? Il n’a pas la curiosité d’aller voir ce qui se passe… ?
Bonne question. Je pense qu’il ne perd pas espoir. Et puis, il fait toutes ces petites rencontres qui le détournent de son but. Je pense qu’il se laisse prendre par cette espèce de sas, cette bulle… comme il flotte déjà un peu au départ, au Pays Basque, où il n’est pas vraiment là. Tu sens qu’il s’allume dès qu’elle lui écrit, tout s’éclaire… Je pense qu’il doit flotter un peu. Puis c’est particulier un aéroport quand même… Je ne sais pas, il y a un côté tout est possible, finalement tu peux d’un coup dégainer un passeport et dire tiens, Bucarest ça a l’air bien.

 

#JESUISLA, notre avis

Un restaurant qui marche bien au Pays Basque, la nature, des enfants en âge de se marier… On dirait que Stéphane (Alain Chabat) a tout ce dont il a besoin autour de lui. Mais ce quinquagénaire nonchalant a un petit plaisir coupable : papoter sur Instagram avec une Coréenne francophile nommée Soo. Une amitié 2.0 qui aurait pu en rester là… Mais Stéphane décide de rencontrer Soo pour de vrai. Il achète un billet, et hop direction Séoul…  Il n’aurait jamais pu imaginer tout ce qui allait lui arriver. Et nous non plus ! Entre la romance, la comédie d’aventures et la quête de soi, Eric Lartigau (‘La Famille Bélier’) signe un film déjanté, improbable et avec un soupçon de mélancolie. A travers les (més)aventures réelles et virtuelles de son héros dans cet aéroport, #Jesuislà questionne notre rapport au présent. Drolatique et attendrissant, Alain Chabat s’avère parfait dans ce rôle de doux paumé. Juste dommage pour les longueurs de rythme, qui dilapident un poil le capital sympathie.

 

BONUS :  Alain Chabat, Arlette Chabot, ou les deux ?

 

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