Virginie Efira, nonne mystique dans ‘Benedetta’ : « Le coït illustratif, ça ne m’intéresse pas »

première parution : Metro Belgique, 07-09-2021 (version intégrale)

Depuis qu’elle a quitté la télé franco-belge pour le cinéma, rien ne semble pouvoir arrêter Virginie Efira. Après les comédies, romantiques ou pas (‘L’Amour c’est mieux à deux’, ’20 ans d’écart’), elle s’est fait remarquer dans le cinéma d’auteur français (‘Victoria’, ‘Un Amour Impossible’, ‘Adieu Les Cons’). Avec ‘Benedetta’ de Paul Verhoeven (‘Basic Instinct’), qui a fait sensation à Cannes, et ‘Madeleine Collins’ tout juste présenté au festival de Venise, sa carrière internationale semble décoller : c’est tout le mal qu’on souhaite à cette native de Schaerbeek !

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Paul Verhoeven ?

Virginie Efira : Je m’en souviens très bien. J’ai vu Basic Instinct à 15 ans, et après j’ai vu tous ses films hollandais, je suis une très grande fan de ce réalisateur. Mon agent m’a appelée il y a quelques années en me demandant si je voulais auditionner pour ‘Elle’. C’était un petit rôle, et beaucoup de grandes actrices disent « Non, c’est un trop petit rôle ». J’ai dit : « Oh, j’adorerais le rencontrer » – en plus comme je suis Belge je parle « een beetje Nederlands » ! J’ai donc passé l’audition, et il m’a prise dans le film. C’était juste 10 jours de tournage, mais c’était très intéressant. Mais je n’aurais jamais imaginé qu’il me proposerait un rôle principal ! Pour l’anecdote, quand on a tourné « Elle », quelques mois plus tard j’ai croisé Paul dans un hôtel, donc je vais le saluer, et il n’a pas l’air de me reconnaître… Je lui dis : « Je suis Virginie, j’ai tourné dans votre film »« Ah oui, Virginie… » Je me dis eh ben, je l’ai vraiment pas marqué (rires) ! Et après on m’a offert un livre d’entretiens de lui, qui est génial d’ailleurs car toutes les interviews de Paul sont passionnantes. Et il y avait un chapitre sur ‘Elle’ où il parle de moi – il dit plutôt des choses gentilles, puis il dit : « Un jour je l’ai croisée dans un hôtel et je ne l’ai pas reconnue, parce que son personnage dans ‘Elle’ est toujours très bien habillé et élégant ». J’étais genre….  ?? (rires) Donc voilà pourquoi j’ai été très surprise qu’il me propose un rôle ! Il m’a dit « j’ai eu tout de suite envie de t’écrire un personnage »… Ah bon (rires) !

On ne dirait peut-être pas comme ça, mais Benedetta est aussi un film très drôle !

Oui, absolument ! C’est peut-être pas la grosse comédie, mais oui, il y a beaucoup d’éléments extrêmement drôles. Quand on connaît la filmo de Verhoeven, il y a souvent de l’ironie dans ses films : ‘Starship Troopers’ etc… Ce que je trouve vraiment dingue, c’est qu’on connait ça de son cinéma, mais à chaque fois les gens ont l’air surpris ! Moi j’aime très fort cette chose, parce que ça permet de parler de choses profondes sans jamais que ce soit un pensum, que ça se prenne trop au sérieux. Cette ironie permet un cinéma qui lui appartient totalement, aussi. Pour moi c’était difficile de ne pas rigoler quand je dis, par exemple, à la mère supérieure :  « Jésus ne m’a rien dit sur vous ». J’adore cette réplique ! Genre, « Non, Bernard ne t’a pas invité à la soirée ! » (rires). 

Auriez-vous accepté ce rôle si c’était un autre réalisateur ?

Bonne question, je ne sais pas. J’ai dit oui à Paul sans même avoir lu le scénario, parce que je voulais travailler avec lui, parce qu’en tant que spectatrice, il m’a appris à aimer le cinéma. Si c’était quelqu’un d’autre… 

A cause de la nudité ?

Ah non, j’ai fait d’autres films où y a des scènes de nu ou de sexualité. Ce que je ne fais jamais, c’est si c’est un coït illustratif : je ne vois vraiment pas l’intérêt de la chose. Mais lui, c’est quelque chose qu’il aime, et qu’il sait regarder, donc oui, à partir de là, j’ai confiance. Après, le scénario était brillant, hein. Mais il faut la réalisation de Paul Verhoeven. Donc avec un autre réalisateur, je ne sais pas, et pas seulement à cause des scènes de nu, mais sur l’ensemble du projet qui est quand même très spécial. Peu de réalisateurs sont réellement intéressés par ce langage-là du corps. 

Vous incarnez soeur Benedetta Carlini, une nonne mystique qui fut jugée pour ‘sapphisme’. Certaines scènes sont d’ailleurs plutôt ‘osées’ : pensez-vous que le film puisse choquer ? 

Je m’imaginais que ça allait être pire, mais peut-être je ne suis pas très au courant ? Mais j’ai aussi parlé avec des gens que je connais qui ont été élevés dans la religion chrétienne et qui n’ont pas été choqués parce qu’ils ont bien vu que c’était le prisme de Benedetta, et comment elle assimile à l’intérieur d’elle toutes ces idées. Pour moi le film ne critique jamais la foi, mais bien le pouvoir politique, le pouvoir religieux. On est à l’intérieur [de la vision] d’une femme, et de comment elle fait agir sa libido et sa croyance, et comment l’un agit sur l’autre. C’est vraiment ce prisme-là qu’emploie le film. En voyant le film, aussi, et les scènes de sexe, j’ai trouvé que ce n’était pas si érotique. Bartolomea est érotisée (incarnée par Daphné Patakia, NDLR), c’est normal parce qu’elle est dans la vie, elle connaît déjà le corps. Mais mon personnage, même si elle est nue, ça me donne presque envie de rire, je trouve bizarre ce corps qui arrive comme ça, ça m’a surprise de voir à quel point je ne trouvais pas du tout ça sexy. C’est vraiment regardé d’une certaine manière. Le personnage est plus erratique qu’érotique (rires) ! Je pense que ça peut être choquant si on en raconte juste quelques scènes sans avoir vu le film entier. Ça oui, je le comprends. Même la scène du fameux ‘objet’, c’est génial parce que c’est à la fois comique, possiblement mortel… Y a tout ! C’est une idée de cinéma géniale. L’argument de Verhoeven, qui est bon d’ailleurs, c’est de dire : mais c’est vraiment arrivé, je ne fais que raconter ce que j’ai lu.

Pour vous c’est quoi l’aspect le plus intéressant du film ?

C’est peut-être pas la meilleure réponse, mais beaucoup d’aspects sont intéressants, c’est difficile d’en choisir un seul. D’abord il y a la force de la croyance. Je crois aussi qu’il y a quelque chose de plus grand que nous, et quand on fait un film c’est le cas aussi, l’art c’est une forme de transcendance aussi, quand c’est fait par quelqu’un de talentueux comme Verhoeven. Il faut une croyance collective, et ça c’est quand même très beau, et ça donne du sens à l’existence. Donc je dirais ça, et ensuite quelque chose qui m’intéresse fort et qui est un des aspects les plus importants du film pour moi, c’est l’idée du corps triomphant. Pas du corps beau, mais du corps dans tous ses états, d’un corps qu’on voudrait nier mais qui existera toujours. Et une autre question intéressante du film, c’est : à qui appartient le corps des femmes ? Le rapport au pouvoir aussi, la galvanisation du pouvoir. Elle touche à ça aussi avec sa libido, quand elle ressent quelque chose de puissant : la foi, et la libido aussi, les deux !

Avez-vous revu les films de Verhoeven avant le tournage ? Il y a des similitudes entre vous et Sharon Stone…

Ah bon, c’est gentil ! Basic Instinct mon copain ne l’avait pas vu – voilà je parle de ma vie privée hein – , donc je lui ai montré il y a deux ans. Pas en préparation du film juste parce que je l’aime bien, je ne l’avais pas vu depuis longtemps – et ça n’a absolument pas vieilli. Je crois que les films de Verhoeven en général ne vieillissent pas, et je pense que Benedetta restera une curiosité encore dans 10 ans !  Les gens feront « qu’est-ce que c’est que ça… » ou « c’est génial ! » encore longtemps. Ils sont tellement à un endroit intemporel…. Mon préféré personnellement est Turkish Delight. La similitude avec Basic Instinct, c’est qu’à la fin on ne sait toujours pas si c’est elle qui l’a fait ou pas ! Quand je l’ai rencontré il m’a montré Le Quatrième Homme, que je n’avais pas vu, et j’ai un physique similaire avec cette actrice hollandaise (Renée Soutendijk, NDLR), film qui abordait déjà la religion, et avec une blonde avec le même genre de tête que moi.  

Dans le dossier de presse du film vous mentionnez que vous avez travaillé avec un coach pour la première fois : c’était comment ?

C’était pas travailler sur comment jouer ci ou ça, parce que Paul vous laisse totalement libre sur l’interprétation. C’était presque, c’est un peu pompeux mais bon, comme faire une sorte de psychanalyse du personnage. C’est-à-dire, les hallucinations qu’elle peut avoir, qu’est-ce que ça lui ouvre comme porte ? Paul ne voulait pas d’interprétation mélodramatique, donc il ne fallait pas choisir une direction ou une autre, c’est ni une folle dans un délire, ni une manipulatrice. L’idée c’était de se mettre des images mentales, et de voir à chaque moment de ses visions ce que ça réveille chez elle. Quand on lui dit « c’est par la douleur qu’on est proche de Dieu », que ressent-elle quand elle dit à Bartolomea de mettre les mains dans l’eau bouillante ? Une forme d’excitation – bizarre, mais bon. Et en même temps c’est aussi dire, sois humble, parce que tu m’excites. C’est se mettre plein de choses en tête pour que du coup ça soit très clair, et j’avais envie que ce soit digéré pour que ça donne une forme de naturel. Après je sais que Paul ne voulait pas non plus, sur le corps ou la manière de dire, il ne cherchait pas forcément la modernité, mais certainement pas une représentation naturaliste de comment on agissait à cette époque. 

la petite photo de fin d’interview

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