Interview Benicio Del Toro : « Je me sens comme un Français qui ne parle pas Français »

Première publication : « Del Toro, tous ses horizons  », L’Avenir – 12 septembre 2013.

Porto Ricain, Américain et Espagnol, Benicio Del Toro est même un peu Français depuis «Jimmy P.», le nouveau Arnaud Desplechin. Rencontre avec un acteur multiple.

Révélé par Usual suspects, oscarisé pour Traffic, «palmisé» à Cannes avec Che en 2008, Benicio Del Toro est un acteur difficile à suivre. Il vient d’ajouter une corde à son arc en jouant dans le Jimmy P.du… Français Arnaud Desplechin. Pour un rôle étonnant : celui d’un Amérindien en thérapie. Il a évoqué tous ces horizons avec nous…

Benicio Del Toro, voyagez-vous souvent en Europe ?

Oui, je viens souvent… pour promouvoir mes films (sourire). Et j’ai l’impression d’avoir grandi au Festival de Cannes (NDLR : où a été dévoilé Jimmy P.) ! La première fois c’était avec Usual Suspects en 1995… Donc je commence à me sentir un peu comme un Français qui ne parlerait pas français ! Mais beaucoup de réalisateurs et acteurs étrangers viennent travailler en Europe, et vice versa. (NDLR : à l’image de Desplechin, qui signe ici son premier film tourné aux États-Unis).

Né à Porto Rico, vous avez récemment obtenu la nationalité espagnole…

Oui, j’ai la double nationalité. Cela m’a été proposé par l’Espagne, et j’ai accepté car c’était un grand honneur. Porto Rico a été une colonie espagnole pendant plusieurs siècles. Donc il y a une connexion avec mes ancêtres, et j’ai de la famille en Espagne, encore aujourd’hui.

Aujourd’hui Porto Rico est un État libre, mais associé aux États-Unis, n’est-ce pas ?

Oui, depuis un siècle. Tous les Portoricains ont la citoyenneté américaine.

Est-ce une source de frustration pour vous, et pour les Portoricains en général ?

Ça l’a été, mais les temps changent. Il y a aussi beaucoup d’avantages à cette situation. Mais mon avis importe peu, ce qui compte, c’est de savoir qu’aujourd’hui il y a davantage de Portoricains sur le sol américain que sur l’île elle-même. Et que ceux qui vivent à Porto Rico n’ont pas accès aux mêmes avantages que les expatriés. C’est une situation que les États-Unis doivent prendre en main, ce qu’ils n’ont pas très bien fait jusqu’ici : ils ont une responsabilité.

Ils doivent s’impliquer davantage ?

Oui. Quand le toit d’une maison fuit, qui doit le réparer ? Le propriétaire ou le locataire ? Porto Rico ne peut pas prendre de décisions sans l’aval du gouvernement américain, alors…

Parlons un peu du film. Qu’est-ce qui vous a attiré dans le scénario de « Jimmy P » ?

Le fait que c’était complètement original. D’habitude, les films sur la psychanalyse tournent toujours autour d’un blanc – anglais, français, en tout cas européen – qui parle à un autre blanc. Parfois il y a des femmes, ou des noirs, aussi… Mais ici, c’est un Indien d’Amérique : ça m’a intrigué. Et il se fait psychanalyser par un Français d’origine roumaine, qui dissimule lui-même son identité : quel bazar (rires) !

Anticipez-vous la réaction des Amérindiens par rapport à votre rôle ?

Oui, c’était une préoccupation. Il y a beaucoup d’Amérindiens à Porto Rico, et certains disent que tous les Portoricains ont un peu de sang indien en eux. Et même si j’ai effectivement des ressemblances physiques, je ne suis pas Amérindien, c’est une culture à part. Forcément, je me suis demandé si un Amérindien ne serait pas plus à même d’endosser ce rôle. Mais j’avais envie de soutenir ce projet, et je savais qu’accepter ce rôle permettrait au film de se faire. J’ai essayé d’être respectueux de leur culture dans mon interprétation. Mais vous savez, dans l’histoire du cinéma, beaucoup d’acteurs ont joué des rôles qui diffèrent de leur nationalité. Dans Deux drôles d’oiseaux, Robert Duvall incarne un… Cubain, et j’ai trouvé sa prestation formidable. Peu importe qu’il soit Américain !

 

JIMMY P., PSYCHOTHERAPIE D’UN INDIEN DES PLAINES

D’Arnaud Desplechin. Avec Mathieu Amalric, Benicio del Toro… Sortie Belgique : 11 septembre 2013

Si Jimmy P. s’articule autour des théories ethnologiques du psychanalyste et anthropologue Georges Devereux, pour Desplechin, c’est le lien d’amitié qui naît entre le docteur et son patient qui est central du film.

Del Toro acquiesce : « Tout tourne autour de ces deux hommes qui s’aident mutuellement. De là naît une amitié. C’est toute l’originalité de l’histoire : un Indien et un Français qui discutent dans un hôpital au fin fond du Kansas ! » L’acteur reconnaît que c’est un sujet ardu, qui nécessite la concentration du spectateur : « C’est un film ambitieux et difficile, mais c’est ce qui fait sa beauté. Il faut s’accrocher, garder le rythme, un peu comme un concert de jazz ! »

 

 

crédit photo : LinaRojas/Wikicommons

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