Interview : Matthias Schoenaerts est de retour dans ‘Le Fidèle’, un polar belge plein d’amour

 

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« Salut toi »

 

Première parution : Metro Belgique – 4 octobre 2017

Levez la main : qui n’a pas encore vu ‘Rundskop’, alias ‘Bullhead’, alias ‘Tête de Bœuf’ ? C’est l’occasion parfaite de rattraper ce polar sur fond de trafic d’hormones signé Michaël R. Roskam, qui a révélé Matthias Schoenaerts et décroché une nomination aux Oscars. Six ans plus tard, l’acteur flamand que les Américains s’arrachent désormais (mais n’arrivent toujours pas à prononcer le nom) est de retour en terres belges avec ‘Le Fidèle’. Un polar plein d’amour à la belge, dans lequel il retrouve son fidèle réalisateur de ‘Rundskop’.

 

‘Rundskop’, ‘The Drop’, et maintenant ‘Le Fidèle’ : Quel plaisir vous avez à retrouver Michaël R. Roskam ?

Matthias Schoenaerts : « Un grand plaisir. Michaël c’est aussi devenu un de mes meilleurs amis. ‘Le Fidèle’ est une histoire d’amour, et l’amitié, la vraie amitié, c’est une forme d’amour. C’est le plaisir de travailler ensemble qui nous réunit, et je crois vraiment que le plaisir mène à l’harmonie, et l’harmonie rend la créativité qu’on a en soi plus accessible. Et ça, apporte un sens de paix. Je pense que ce film est nourri de toutes ces émotions. Bien sûr, c’est un polar, c’est un film de gangsters. Mais le crime n’est pas au centre. La pulsion du film, c’est les battements de cœur entre les deux héros. »

 

Gigi est très différent du Jacky de ‘Rundskop’…

« Dans la forme, je voulais qu’ils soient opposés, mais au fond, ce sont tous les deux des animaux piégés. Gigi a une douceur, une élégance. Il a aussi un côté dangereux, un mystère, comme Jacky, mais il est plus fin, plus féminin. Patrick Haemers était clairement une référence. Je ne veux pas romancer l’image du gangster, mais il avait un truc fin, quand il parlait c’était doux. Il était beau, ce mec ! Il n’avait pas du tout l’air d’un gangster, tu le vois on dirait un pianiste. »

 

‘Rundskop’, ‘The Drop’, ‘Maryland’, ‘The Loft’… Qu’est-ce qui vous touche dans les personnages de voyou ?

« Le crime, ça amène un élément de suspense. Et le suspense, s’il est bien fait, ça fonctionne toujours au cinéma. Après, ce qui m’intéresse dans les voyous, c’est pas l’aspect voyou. Je déteste les crapules, en vrai. Mais il y a des criminels qui le sont devenus à cause du contexte dans lequel ils ont grandi : pour eux, c’était un mode de survie, mais dans leur âme, c’est pas des crapules. Gigi fait des choses crapuleuses, mais dans son âme, il ne l’est pas. C’est ça que Bibi voit, et qui la fait tomber amoureuse. Elle sait que Gigi dit des mensonges à cause de son mode de vie, mais que son cœur, lui, ne ment pas. »

 

Vous vous investissez beaucoup dans chaque rôle, autant physiquement qu’émotionnellement…

« Ça dépend, chaque rôle a son propre ADN, donc il faut aussi être créatif dans sa méthode. Sinon, on s’ennuie. La seule constante, c’est la générosité. J’y crois sur le plan humain, mais sur le plan scientifique aussi. C’est un simple truc d’énergies : quand il y a de la générosité, il y a de l’harmonie, et donc les choses bougent plus facilement. Quand on réduit tout ça à des énergies positives et négatives, tout devient simple. Tu vois très vite quand tu dois te casser. Tu le sens mal ? Dégage. Tu le sens bien ? Reste. Voilà. »

 

Maintenant que vous êtes entre la Belgique et les Etats-Unis, vous remarquez des différences dans la façon de travailler, de tourner ?

« C’est vrai que les Américains, c’est des bosseurs. Ils ont une mentalité de winner, genre « si tu veux aller quelque part, tu te retrousses les manches et tu y vas ». En Europe, on hésite. Je ne veux pas généraliser, c’est dangereux, mais en comparaison, tu sens quand même un certain climat… de procrastination. Mais bon, c’est une autre philosophie. Nous, on travaille pour vivre. Eux, ils vivent pour travailler. Donc sur court terme, tu te dis : cette énergie, cette discipline, waw. Si t’as cette mentalité, et du talent, tu peux aller très vite aux Etats-Unis. Mais tu bosseras non-stop. Il faut aussi trouver le temps de vivre. Et en Europe, ça on sait faire. J’aime passer en Amérique, pour faire partie de ce truc « pow-pow-on-y-va ». Mais pour vivre ? Donne-moi l’Europe. »

 

Vous avez récemment rencontré Robert de Niro, comme on a pu voir sur votre compte Instagram. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

« De Niro c’est quand même le plus grand comédien de cinéma vivant. Aucun comédien peut se targuer d’avoir sa filmographie ! Et humainement, la rencontre, c’était super. Je ne sais pas s’il est comme ça tout le temps, mais il était d’une gentillesse et d’une simplicité incroyables. Et marrant ! On s’est raconté tellement d’histoires que j’ai failli rater mon avion, il n’arrêtait pas de me mettre du vin ! »

 

Au même âge que De Niro aujourd’hui, vous vous voyez être acteur ?

« Non. Il y a tellement de choses à faire dans la vie, à découvrir dans le monde… Je vais vous raconter une anecdote. Lors de mon dernier jour de tournage sur ‘Our Souls At Night’, j’ai eu une discussion avec Robert Redford. Je lui ai demandé : « Comment ça se fait vous travaillez encore à votre âge ? » Parce que ça ne se voit pas à l’écran, mais en vrai, tu vois qu’il est vieux. Il bouge mal… Et tu vois qu’il sent, lui aussi, qu’il se rapproche de la mort. A un certain âge, tu t’en rends compte, et je sens qu’il s’en rend compte. Donc je lui pose cette question, et avec la grâce qui le caractérise, il me répond : « Tu sais ce qu’un acteur de mon âge fait quand il s’arrête de travailler ? Il meurt. » Et la première chose que je me suis dit, c’est : « Ça c’est un truc qui ne m’arrivera jamais. » Je ne dirai jamais ça. Je vais mourir sur une montagne en Crète, près des dieux, comme ça j’y suis plus vite (rires) »

 

C’est un autre rapport au métier…

« Ce n’est pas un rapport au métier, c’est un rapport à la vie. Il continue à travailler parce que ça le tient en vie. C’est ça que je trouve magnifique. C’est un comédien qui a tout prouvé. Il s’est engagé socialement, politiquement, c’était une des plus grandes stars de son époque, il a tourné avec les plus grands, il a monté Sundance, inspiré des générations… Donc aujourd’hui, la seule chose qu’il veut faire, c’est des rôles simples, et sincères. C’est tellement beau, ça me donne des frissons ! »

 

En quelques mots…

Un homme, une femme, des flingues. L’amour et le crime sont deux thèmes qu’on retrouve sur grand écran depuis que le cinéma existe, et dans ‘Le Fidèle’, Michaël R. Roskam en livre sa vision personnelle. Après le succès foudroyant de ‘Rundskop’ et l’incursion américaine de ‘The Drop’, le cinéaste flamand et son fidèle acteur Matthias Schoenaerts livrent une romance aux relents de grand banditisme à la bruxelloise. Gino dit Gigi (Schoenaerts) est un beau gosse brusseleir. Bénédicte, dite Bibi (Adèle ‘La Vie d’Adèle’ Exarchopoulos) est une Wallonne bon chic bon genre. Le premier braque des banques, la seconde pilote des voitures de course. Bien sûr, leur amour sera passionnel et semé d’embûches… La première heure du film est une plongée fascinante dans un univers de polar, qui séduit grâce au charme incontestable de ses deux héros, mais aussi son travail esthétique de l’image (couleurs et déco intemporelles) et du son (le ‘parler’ bruxellois gouailleur des acteurs se fait entendre copieusement). Hélas, la deuxième partie, qui accélère le tempo et enchaîne les rebondissements improbables, s’avère décevante. L’approfondissement des personnages (surtout Bibi) pâtissent de ce montage inégal. Au final, ‘Le Fidèle’ hésite entre le blockbuster et le film d’auteur, et c’est dans cet entre-deux tangible que ses faiblesses se dévoilent.

 

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