Ben & Josh Safdie : « On a écrit ‘Good Time’ pour Robert Pattinson »

 

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De g. à dr. : Ben Safdie, Robert Pattinson, Josh Safdie au photocall du Festival de Cannes 2017 – R. Patz – The Hollywood Reporter
Première parution – Metro Belgique – 18 octobre 2017

CANNES – Faire une interview avec Ben & Josh Safdie, c’est un peu comme regarder un de leurs films : le propos est vif et sincère, même s’il part un peu dans tous les sens. Et si au final on ne comprend pas tout, c’est une expérience qui vaut le détour. A même pas 35 ans, ces deux frères américains se sont retrouvés en mai dernier propulsés en Sélection Officielle à Cannes avec ‘Good Time’, polar hypnotique écrit sur mesure pour Robert Pattinson. Ou quand une superstar débarque dans un film indé…

 

Comment est jusqu’ici l’expérience Cannes ?

Josh Safdie : Je n’ai toujours pas réalisé (rires). Tout le monde te dit : ‘Quand tu seras sur le tapis rouge, profite du moment à fond’. Et quand c’est arrivé, j’avais littéralement l’impression de rêver.

Vous lisez les critiques ?

Josh : Non, mais on me montre un journal et on me dit : ‘celle-ci est positive’. Je pense que si j’en vois une mauvaise…

Ben Safdie : S’il en voit une mauvaise c’est la seule qu’il va lire !

Josh : Ne dis pas ça aux journalistes (rires) !

Ben : OK, je rigole. Il les lit toutes !

A la conférence de presse vous avez dit avoir beaucoup préparé le passé des personnages, ‘du jour de leur naissance jusqu’au début du film’. Comment ce passé se manifeste dans le film ?

Josh : Oui, on a écrit la biographie des personnages avant d’écrire le scénario. L’avantage, c’est que comme ça on connaît les personnages par cœur. Notre film précédent, ‘Mad Love in New York’ (titre original ‘Heaven Knows What’, NDLR), était inspiré de la vie de l’actrice principale. On ne pouvait pas faire ça avec Robert Pattinson, donc on a tout inventé. Et je pense que tous ces trucs sont dans le film, soit parce qu’on le sait, soit parce qu’on le sent. Ça dépend évidemment de l’interprétation de chacun.

Comment Robert Pattinson est arrivé sur le film ?

Josh : C’est lui qui nous a contactés. Il a vu ‘Mad Love in New York’, et il nous a appelés pour nous dire : ‘Je ne sais pas quel est votre prochain film, mais je veux en faire partie’ !

Donc vous avez écrit le rôle pour lui.

Josh : Oui. Il y avait toute une série d’obsessions qu’on voulait explorer, et en particulier avec Robert Pattinson, en rapport avec sa célébrité : le sentiment d’être piégé, d’être déguisé en permanence… Et puis il a cette énergie maniaque, que je n’avais jamais vu aucun réalisateur explorer. D’habitude on le voit dans des rôles plus figés. Il nous a donné beaucoup de son temps : je lui envoyais la biographie de son personnage au fur et à mesure qu’elle évoluait, et il répondait toujours avec une tonne de questions, c’était limite ennuyeux (rires). Mais c’était des bonnes questions.

Ben : Même sur le plateau, il faisait des propositions : tel geste, tel mot, tel accent… Il faisait très attention au détail.

D’où vous vient l’amour des films criminels ?

Josh : Hm… Je citerais évidemment un film comme ‘Bonnie et Clyde’… Mais je pense notre fascination pour le crime vient aussi des journaux obsédés par ce genre d’histoires. Pendant l’écriture du scénario, 2 mecs se sont évadés d’une prison haute sécurité à New York. C’était des sales types, ils ont tué des flics… et pour je ne sais quelle raison, tout le monde était de leur côté !

Ben : Tout le monde suivait l’affaire : « Ils ont passé la frontière » ! C’est devenu un truc énorme.

Mais les héros de votre film, eux, ne sont pas vraiment des sales types. Même leur braquage est gentil !

Ben : De nos jours, les braquages ne sont plus si agressifs. Si tu leur glisses un bout de papier, ils te donnent l’argent. Ça leur revient moins cher que de payer un garde armé. C’est un truc d’assurances, ils ne veulent pas de problèmes, Donc en visant juste quelques milliers de dollars, tu peux t’en tirer ! Si tu le fais plus d’une fois, tu risques bien sûr de te faire choper. Mais Connie veut l’argent du coffre à l’arrière, déclare qu’ils sont armés… C’est pour ça que ça passe au niveau supérieur. Mais Connie croit dur comme fer que c’est la meilleure chose à faire pour sauver son frère. Tout le monde autour lui dit qu’il a tort, mais pour lui, il a raison.

Josh : Braquer une banque est devenu un concept un peu ‘romantique’ parce que de nos jours il y a des façons bien plus intelligentes, et moins dangereuses, de détourner de l’argent ! Mais on a lu l’histoire de ce mec [blanc] qui braquait des banques déguisé en Afro-Américain, avec le même masque qu’on voit dans le film… C’est parti de là. C’est un déguisement intelligent : ça a marché pour le type, d’ailleurs. Mais c’est aussi un enfoiré parce qu’il tire profit de son privilège blanc. Donc oui pour répondre à la question, ils sont bien intentionnés, mais bon… (rires).

Filmer dans les rues de New York, c’est compliqué ?

Josh : C’est génial de tourner un film à New York, parce que tu peux faire ce que tu veux du moment que tu as un papier d’assurance. Ils te disent : « Si vous cassez quoi que ce soit, vous remboursez. » C’est tout (rires).

Ben : Le plus difficile ça reste tourner dans le métro

Josh : Ouais, c’est impossible. C’est une question de sécurité : les gens vont croire que tu prépares une attaque terroriste ou un truc du genre, donc ils ne laissent pas de caméras entrer.

Donc vous avez fait comment ?

Ben : On l’a juste fait !

Josh : C’était une longue focale, la caméra était loin de lui, donc c’était juste, voilà, un gars dans le métro. Étonnamment, personne ne l’a reconnu…

Ben : C’est aussi une question d’attitude. Dans le métro, il était Connie. Il se penchait sur des gens, regardait la carte… il se donnait à fond !

 

En quelques mots…

Connie (Robert Pattinson) veut offrir une vie meilleure à son frère Nick (Ben Safdie), qui a des troubles de développement mental. Il pense qu’un petit braquage peut les sortir d’une vie de misère. Mais le casse tourne mal, et Nicky se fait arrêter. Pour éviter qu’il finisse en institution, Connie, en cavale, tente de le sortir illégalement de l’hôpital… Duo remarqué du cinéma indé, Josh et Ben Safdie aiment se pencher sur les losers magnifiques. Des héros ordinaires aux tendances kleptomanes (‘The Pleasure of Being Robbed’) ou des jeunes paumés aux prises avec l’addiction (‘Mad Love in New York’). Tournés en pellicule, leurs films ont un style visuel hypnotique et naturaliste, la caméra collant au corps des personnages. Le résultat ressemble à un croisement entre les films criminels du Nouvel Hollywood des seventies et du cinéma expérimental moderne : ‘Good Time’ ressemble parfois à un rêve, parfois à un cauchemar. Si vous n’attendez pas à ce que le scénario vous donne toutes les réponses, vous aurez du plaisir à vous perdre dans ce polar flou et fiévreux, porté par une BO électrique incroyable (signée Oneohtrix Point Never) dans lequel Pattinson crève l’écran. (em)

 

 

Photo : R Patz – The Hollywood Reporter – Cannes 2017

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