Interview de Bryan Cranston, chien rebelle dans ‘Isle of Dogs’ : « J’ai un faible pour les personnages abîmés »

Première parution – Metro Belgique – 3 avril 2018

Peu d’acteurs arrivent à construire une carrière au ciné après avoir cartonné dans une série. Mais pas Bryan Cranston. Après Malcolm in the Middle, et son personnage culte de Walter White dans Breaking Bad, le comédien américain a fait une transition solide vers le grand écran. Dans Isle of Dogs, le nouveau film animé Wes Anderson, il prête sa voix à un chien errant. Rencontré au festival de Berlin où le film était présenté, l’acteur nous a confirmé qu’au cinéma comme face à l’actualité, il ne peut s’empêcher de grogner !

Bryan Cranston
#photoenschmet pendant l’interview

Ce film est votre première incursion dans la famille de cinéma de Wes Anderson. Comment vous êtes-vous intégré dans cette équipe soudée ?
J’aime la façon dont vous avez formulé ça : c’est ma première. J’espère que ce ne sera pas ma dernière ! C’est un réalisateur formidable, et honnêtement, quand mon agent a dit « Wes Anderson voudrait – » je ne l’ai pas laissé finir sa phrase, j’ai direct accepté. J’adore sa façon de créer. Tous les cours de scénario vous diront : « écrivez sur ce que vous connaissez », pour être à l’aise avec votre sujet. C’est sensé. Mais Wes, il écrit sur ce qu’il imaginerait, et ensuite il trouve des gens qui ont une expertise du sujet. Du coup, chaque film est une surprise. L’ouverture vers des univers nouveaux et inexplorés, c’est ça l’art, pour moi. Et les films de Wes Anderson, c’est vraiment ça.

Votre personnage, Chief, au pelage noir, est le chien le plus ‘abîmé’ de la bande…
Ah, merci (rires). C’est vrai que j’ai une tendance à jouer des personnages abîmés, ils m’attirent beaucoup. C’est aussi plus marrant à jouer.

Pourquoi ?
Parce que j’en suis un ! Je viens d’un foyer ravagé par l’alcool et la violence. Vers mes 10 ans, d’un seul coup, tout a volé en éclats : mon père est parti, je ne l’ai pas revu pendant 10 ans, et ma mère a sombré dans l’alcoolisme. C’était un choc, et ça m’a rendu très introverti. J’étais comme une tortue enfoncée dans sa carapace. Ça m’a pris des années pour en sortir, lentement. Je crois que c’est entre autres pour ça que j’aime jouer : vivre par procuration à travers mes personnages, c’est une expérience thérapeutique. Je ne veux pas être un acteur à forte personnalité, je veux pouvoir me cacher derrière un rôle. J’adore quand les gens me disent : ‘C’était vous dans le film ? Je ne vous ai même pas reconnu !’

Derrière l’histoire de ce garçon qui cherche son chien, quel message voyez-vous ?
Oh, énormément. Xénophobie, cupidité, immigration, ségrégation… Mon pays traverse une période très tourmentée en ce moment, mais c’est aussi partout : indépendance en Espagne, élections en Italie, extrême-droite en Autriche, ce type en Russie, Trump… donc ce film va parler à beaucoup de gens, parce que peu importe où vous êtes sur Terre, vous y reconnaîtrez certains dirigeants (rires) !

C’est important pour vous de choisir des rôles qui ont quelque chose à dire sur le monde actuel ?
Je cherche toujours des rôles qui ont quelque chose à dire. Parce que je suis dans une position où je peux le faire ! En tout cas ce n’est certainement pas l’argent qui guide mes choix – je ne connais même pas mon cachet sur ce film ! C’est mes agents qui s’occupent de ça (rires). Mais je ne dis pas ça pour frimer, parce que j’ai aussi été pauvre, genre vraiment. Du genre à vivre dans la rue avec une valise comme toute propriété. Et si je suis riche aujourd’hui, c’est grâce à beaucoup de chance, et de concentration sur ce que j’aimais. Mais si je n’étais pas riche, je serais quand même heureux.

Vous êtes très actif sur Twitter, notamment pour commenter la politique…
Oui, c’est important de pouvoir exprimer mon opinion. Il y a beaucoup de choses à dire sur les USA en ce moment, avec toutes ces fusillades. Ça n’est même plus des tragédies, ça fait partie du quotidien, on l’a accepté. La vraie tragédie, c’est l’impuissance et la lâcheté de nos dirigeants. Tout est contrôlé par l’argent. Si vous vous demandez pourquoi tel ou tel problème existe, la première question à se poser, toujours, c’est où est l’argent.

Breaking Bad a fêté ses 10 ans cette année…
Roh, oui. Cette série c’était comme notre enfant, et c’est fou de se dire qu’il a déjà 10 ans. C’est vrai que le temps file ! Et ça me donne envie de faire encore plus de choses, avant qu’il ne soit trop tard. Je suis aujourd’hui beaucoup plus près de la fin que du début de ma vie, et j’ai le sentiment d’avoir les pieds en feu ! Donc tant qu’on ne me dit pas ‘ça suffit monsieur, il faut arrêter maintenant’, je continue d’essayer des nouvelles choses.

En parlant de Breaking Bad, vous regardez Better Call Saul (la série dérivée, NDLR) ?
Oui, et c’est fascinant à regarder, parce que c’est à la fois familier, et totalement différent. Un moment je me sens en terrain connu, et juste après je suis perdu ! Sur ‘Breaking Bad’, je réalisais le premier épisode de chaque saison, et ici ils m’ont proposé de réaliser des épisodes aussi, mais avec mon emploi du temps on n’a pas encore réussi. Et aujourd’hui je crois que je n’ai plus trop envie : je veux rester un fan !

Vous feriez une apparition dans la série si on vous le proposait ?
Oui, absolument. Il y a une poignée de personnes à qui je dirais oui sans réfléchir : Wes Anderson, Vince Gilligan (producteur de Breaking Bad), Linwood Boomer (producteur de ‘Malcolm in the Middle’, NDLR). Si ces gens-là m’appelaient, je serais partant immédiatement.

Isle of Dogs

Isle of Dogs nous emmène dans un Japon futuriste, dans lequel le chien est devenu le pire ennemi de l’homme… à moins que ce ne soit l’inverse. Pour protéger la population de la grippe canine qui menace, le maire de Megasaki fait déporter tous les chiens sur une île déserte remplie de déchets. Abandonnés par leurs maîtres, Rex, Chief, Boss et les autres découvrent la dure vie de chien errant… Jusqu’au jour où débarque Atari, un jeune garçon bien décidé à retrouver Spots, son meilleur ami. L’aventure commence… Après Fantastic Mister Fox, Wes Anderson renoue avec l’animation en stop-motion dans ce conte canin tendre et malicieux. On retrouve l’univers particulier du cinéaste, féru de symétrie esthétique et d’humour nonchalant, dans lequel les adultes sont moins matures que les enfants. Un univers enrichi par un travail d’animation magistral, où l’attention est portée à chaque détail. Niveau scénario, si on est toujours dans un univers fantasmé, c’est le premier film d’Anderson avec un propos politique en arrière-plan. Niveau casting, même si on n’entend que leur voix, on retrouve les habitués d’Anderson (Jeff Goldblum, Bill Murray) et comme à chaque fois, des nouveaux venus (Bryan Cranston, Greta Gerwig, Scarlett Johansson). Une aventure animée effrénée pour adultes, où les enfants trouveront leur bonheur aussi, à voir absolument. Wouf.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.