Razzia de Nabil Ayouch avec Maryam Touzani : « Ce que vous prenez, l’Histoire vous le réclamera »

En 2015, son ‘Much Loved’, portrait sans filtre et bouleversant de prostituées de Casablanca, salué par la critique, créait au Maroc une vive polémique. Observateur féru de la société qui l’entoure et qu’il raconte au cinéma, Nabil Ayouch a essuyé et digéré les plâtres de la vindicte populaire, et revient avec avec ‘Razzia’ : des portraits d’hommes et de femmes en quête de liberté, dans une société – un monde – où celle-ci est menacée.

Comment est né ce film, co-écrit avec votre compagne Maryam Touzani ? Quand vous est venue la première idée du scénario ?
Nabil Ayouch : Quelques mois après ‘Much Loved’ et la polémique qu’il a suscité. C’est un film que j’avais en moi depuis longtemps, mais ce qui est arrivé m’a donné envie de le retravailler, pour lui donner la forme qu’il a aujourd’hui. Avant l’histoire était globalement la même, mais ça se passait dans un futur proche. Avec ‘Much Loved’ j’ai réalisé que le futur, c’était maintenant. Que tout ce que j’avais imaginé était soit arrivé, soit en train d’arriver. Et par la suite ça s’est confirmé. Donc j’ai rassemblé des mots, des souvenirs, des personnages, que j’avais accumulés, depuis 20 ans que je vis au Maroc. J’avais envie de parler d’eux, et à travers eux, de parler de nous. Leurs luttes, leurs défaites, leurs résistances… Et les nôtres.

‘Much Loved’ été censuré au Maroc…
Plus que la censure, c’est surtout la vindicte populaire, les mots qui ont été prononcés, qui ont été d’une violence inouïe. On s’est sentis assez seuls, Maryam et moi, au milieu de tout ça. Mais on avait toujours la volonté d’essayer de comprendre cette hystérie, d’où ça venait.

Et vous avez compris ?
Je crois, j’ai essayé. J’ai trouvé quelques clés. Comme dans l’éducation, au début des années 80 : la façon dont certains cours, la philo, la socio, ont été retirés du programme. On dessine un modèle de société qui laisse très peu de place au débat. Un autre facteur important, c’est l’arrivée des chaînes satellitaires du Moyen-Orient, prônant un Islam qui n’a rien à voir avec l’Islam marocain. L’Islam marocain, de courant sunnite, est fondé sur le rite malikite. Il s’est formé au fil des siècles, mêlant plusieurs religions, plusieurs cultures. Il est très différent de l’Islam wahhabite (pratiqué en Arabie Saoudite, NDLR). Le Maroc que j’ai connu petit, c’était ça.

Aujourd’hui cette coexistence que vous décrivez, notamment à Casablanca, est menacée ?
Il existe évidemment des sages, il y a toujours une âme marocaine, qui est belle, et qui est là. Mais la population dans son ensemble n’a pas été nourrie ni à cet Islam-là, ni à ces valeurs-là. Donc forcément l’ignorance engendre la frustration, la haine… En Europe et aux USA, on assiste à des courants similaires depuis quelques années, et le film d’ailleurs parle de l’état du monde. Pas besoin d’être une femme marocaine pour comprendre ce que vit le personnage de Salima, par exemple. Donc le Maroc n’est pas une exception, mais chaque pays le fait à sa façon.

Quelle place a la politique dans votre cinéma, et dans votre vie ?
Très importante. Si j’avais les qualités et les défauts d’un homme politique, je ferais de la politique. Mais je n’ai ni l’un ni l’autre, donc je fais des films (rires). La politique m’intéresse, mais les vrais facteurs déterminants pour changer le monde, c’est les arts et la culture. La culture est autrement plus puissante que la politique. On a besoin de la politique, évidemment, mais les hommes politiques tels qu’on les a connus ces 50 dernières années n’ont pas fait le travail qu’ils devaient.

Professeur razzia

Comment est venue la décision, après 30 ans en France, d’aller vivre à Casablanca ?
La société européenne dans son ensemble, et française en particulier, ne m’inspiraient pas. J’y étais bien, mais je sentais l’appel du large, le besoin de conquérir une partie de mon identité enfouie. J’avais déjà commencé à faire du cinéma là-bas, et déjà dans mon premier film ‘Mektoub’ il y avait ce couple de villageois qui m’avait beaucoup touché. J’avais envie d’y retourner, de creuser l’âme du pays. Donc à un moment je me suis dit ‘Quelle est la cohérence de faire des films sur une société qui m’inspire, sur des gens que j’aime, et de rester dans mon confort à Paris ?’ Donc j’ai tout mis dans la bagnole et je suis parti.

C’était une façon de vous réconcilier avec votre multiculturalité…
Quand j’étais jeune le fait d’avoir deux cultures, je vivais ça comme une croix. Ma mère est Française d’origine juive tunisienne, mon père est Marocain, j’ai grandi en banlieue parisienne, à Sarcelles… Je ne me sentais chez moi nulle part : quand j’allais au Maroc j’étais ‘Le Français’, et en France, c’était ‘Tu viens d’où ?’ (Rires). En grandissant on se rend compte qu’avoir plusieurs cultures, c’est aussi une richesse. Mais ça peut être très dur. »

« On ne fait pas de razzia impunément »

Pourquoi avoir choisi ce titre, ‘Razzia’ ? 
‘Razzia’ vient de l’Arabe ‘razoua’, devenu en Italien ‘razzia’, puis passé en France dans le langage courant. A l’époque des grandes guerres, au début de l’Islam, quand une tribu allait conquérir la tribu voisine, elle emportait avec elle le butin, qu’on appelait ‘razoua’. C’est devenu le fait d’emporter avec soi tout ce qui ne vous appartient pas. Je pense qu’on ne fait pas de razzia impunément : ce que vous prenez, tôt ou tard l’Histoire vous le réclamera. Dans le film, il y a une première razzia dans les années 80, et il y a une deuxième à la fin, qui vient tout récupérer.

Couple razzia
Maryam Touzani dans Razzia (photo : Cinéart)

Maryam Touzani :  « C’est important d’avoir des modèles qui nous ressemblent »

première parution – Marie Claire Belgique – mai 2018 (version intégrale)

Dans ‘Razzia’, le nouveau film de Nabil Ayouch (‘Much Loved’), son interprétation et sa beauté nous ont bouleversées. Elle y incarne Salima, une jeune femme qui veut vivre libre mais qui n’y arrive pas. On a voulu rencontrer cette journaliste, scénariste et réalisatrice originaire de Tanger, qui fait ses premiers pas devant la caméra.

Comment êtes-vous arrivée dans le cinéma ?
Maryam Touzani : Je suis journaliste à l’origine. Née à Tanger, j’ai grandi à Tanger, fait des études à Londres puis revenue vivre au Maroc. J’écrivais sur la culture et le cinéma, surtout sur le cinéma du Maghreb. Et puis est venu un moment de ma vie où j’ai senti que j’avais envie de raconter mes propres histoires. Le documentaire m’avait toujours intéressée, je le trouvais proche du travail journalistique. Et voilà, ça a commencé comme ça : j’ai réalisé mon premier documentaire pour la première journée nationale de la femme en 2008. Je ne pensais jamais faire de la fiction, mais derrière il y a eu le décès de mon père, dont j’étais très proche. Ca a vraiment été un moment qui a tout changé dans ma vie. J’ai eu besoin de raconter les choses autrement. J’avais besoin d’écrire une histoire et de la raconter. C’est comme ça que j’ai écrit et réalisé mon premier court-métrage de fiction, ‘Quand ils dorment’, l’histoire d’une petite fille qui accompagne son grand-père vers la mort. Ca parle des femmes de notre société, comment elles sont coupées de ça, ce vol d’intimité avec la personne qui décède. Ensuite donc après cette première fiction, Nabil m’a beaucoup encouragée, parce que je venais du documentaire, mais il m’a dit : « Si tu crois en ce que tu veux dire, si ça sort du cœur, vas-y, suis ton instinct, n’aie pas peur ». Et c’est ce que j’ai fait. Donc j’ai fait mon deuxième court de fiction, ‘Aya va à la plage’, l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui vit recluse dans un appartement, et comment elle continue à être enfant malgré l’enfermement. Tous mes films sont des films avec des filles et des femmes, et c’est toujours des huis-clos, c’est marrant. Et là je vais bientôt tourner mon premier long-métrage, à la fin de l’année.

Comment vous avez rencontré Nabil Ayouch ?
Je l’ai rencontré en l’interviewant, en 2008. Je l’admirais beaucoup, et quand je l’ai rencontré j’ai vu aussi la personne, l’être humain, avec sa sensibilité, sa vision et tout… Et voilà, aujourd’hui ça fait dix ans qu’on est ensemble.

Vous avec accompagné l’aventure ‘Much Loved’…
J’étais sur le film du début à la fin. Avant le tournage, avec Nabil on a rencontré les filles pour les interviews, ça a été une période très riche, très dense. Le tournage aussi était une période magnifique. J’étais là, j’observais, j’aidais là où je pouvais, c’était juste magnifique d’être là, il y avait une énergie incroyable. Et de voir Nabil aussi travailler avec des comédiennes non professionnelles, les aider à chercher des choses à l’intérieur d’elles… C’était super. Je me suis dit : « ça doit être extraordinaire d’être dirigée par lui ».

Comment est arrivé ‘Razzia’ ?
Après la sortie de ‘Much Loved’, toute cette violence et cette folie, Nabil a eu envie de raconter l’histoire de Razzia, qu’il portait déjà en lui, mais qui s’est vue transformée justement par tout ce qui est arrivé après Much Loved. Il y a eu une espèce de lucidité aveuglante je pense, et une urgence à raconter ces choses qu’il portait déjà en lui.

Arieh razzia

A quel moment vous avez décidé de faire le film ensemble ?
On ne s’est jamais vraiment dit qu’on écrirait le film ensemble. Nabil ne m’a jamais dit : « Est-ce que tu veux écrire un scénario avec moi ? ». C’est juste que voilà, il s’est ouvert à moi par rapport à son désir de raconter cette histoire qui le hantait. Une histoire inspirée par des personnes qu’il avait rencontrées depuis qu’il vit au Maroc ces 20 dernières années, et qui l’avaient inspiré. Il savait ce qu’il voulait raconter, il voulait surtout parler de ce désir de liberté qui se retrouve quelque part étouffé. On a commencé à parler de ça, des personnages, de l’histoire comme il l’imaginait, de la structure de ce film choral particulier, où chaque personnage a sa place et son importance. Donc même l’idée de film choral n’est pas venue comme ça gratuitement, c’est juste que les personnages étaient déjà là, il fallait faire avec et construire le film qu’ils imposaient. Voilà, ça a commencé comme ça, on en parlait le matin, le soir, ils étaient là avec nous à la table du petit-déjeuner… On sentait vraiment qu’ils faisaient partie de nous. Et tout naturellement on s’est mis à échanger dessus, et on s’est retrouvés à écrire le scénario avant même de commencer à l’écrire en vrai. Donc voilà les choses se sont fait de manière très naturelle, sans qu’il y ait une réflexion consciente en amont.

Et vous avez fini par incarner le personnage de Salima, qui est votre premier rôle au cinéma. Comment c’est arrivé ?
On a écrit le personnage de Salima ensemble, donc quelque part c’est un personnage inspiré par moi dans la vie. Nabil avait Salima en tête dès le début, et j’ai apporté une part de moi au personnage durant l’écriture. Il a été nourri aussi par le regard de Nabil sur moi, et de Salima dans sa société, et moi de par mon expérience aussi de femme aujourd’hui. Donc à un moment Nabil m’a dit : ‘Tu ne voudrais pas passer des essais’ ? Au début j’ai eu très peur, parce que quelque part… quand je voyais les filles sur le tournage de Much Loved, et comment Nabil justement les aidait à puiser des choses en elles, à briser toutes ces barrières intérieures, et arriver à exprimer une émotion à travers un regard, un geste, j’avais trouvé ça tellement magnifique, je m’étais dit : « elles ont tellement de chance, ça doit être beau d’être à leur place ». Donc qu’il me propose ça, c’était magnifique, mais en même temps j’avais peur de ne pas être à la hauteur de ce qu’il avait imaginé. En plus c’est aussi mon mari, donc il y a cette double peur de ne pas le décevoir…

Peut-être qu’il avait peur lui aussi !
(Rires) Non mais lui il est très sûr de ce qu’il veut, il sait, c’est pour ça que j’ai eu confiance en moi. Du coup je me suis quelque part laissée porter par lui. Je sais que Nabil ne fait pas de cadeaux, il ne faisait pas ça pour me faire plaisir. Donc s’il m’a proposé ça c’est qu’il a senti qu’il pouvait m’emmener quelque part. Donc voilà, j’ai passé les essais, Nabil les a aimés, le producteur français aussi… Donc voilà, je me suis embarquée dans cette aventure, et ma peur s’est très vite dissipée parce que tout de suite Nabil m’a ramenée vers l’essentiel du personnage de Salima, et c’était très beau à vivre. Donc tout, même le fait de jouer, ça s’est fait de manière assez naturelle, au final.

Vous avez dit qu’entre les choses que vous racontez dans le film, et le tournage du film en lui-même, il y a des échos et des parallèles assez troublants…
Très troublants, oui. Quand on a commencé à écrire le personnage de Salima, elle s’est imposée comme une femme enceinte. On voulait qu’elle soit à ce moment de sa vie, où elle doit prendre des décisions qui vont changer sa vie : Cet enfant, cette possibilité de futur ou pas. Et après la première semaine de tournage, j’ai appris que j’étais enceinte de deux mois ! C’était très intense à vivre, et puis ce mélange fiction et réalité, ça a donné une vérité encore plus grande à l’expérience d’interpréter ce personnage. Parce que tout à coup je me suis retrouvée vraiment dans sa peau, enceinte comme elle, pas avec les mêmes doutes, mais en tout cas… par exemple la séance du hammam où elle se fait masser pour avorter, j’ai appris la veille que j’étais enceinte !

Donc à un jour près vous auriez pu perdre le bébé !
Oui, on le lendemain on avait cette séquence avec cette femme qui masse, et qui fait ça dans la vraie vie, c’est son métier ! Donc on lui a dit : « Faites attention, parce qu’elle est enceinte – dans le film ? – non dans la vraie vie !’ Et là elle était paralysée, elle n’arrivait même pas à me toucher ! Nabil a dit : « Bon, il faut quand même que ça fasse vrai’ (rires). Mais au-delà de ça c’était l’intensité de vivre ça, parce que ce personnage qui allait se faire enlever son enfant, pas parce qu’elle n’en veut pas, mais parce qu’elle voit tout en noir autour d’elle, qu’elle n’y croit plus, et moi qui me retrouve avec cet enfant, remplie de bonheur, mais dans la même situation où quelqu’un vient malgré toi te l’arracher… C’était très violent, et très beau à la fois.

Myriam razzia

Dans le film, un homme interpelle Salima dans la rue à cause de sa tenue. Ça aussi c’est arrivé en vrai pendant le tournage. Du coup qu’avez-vous répondu ?
Ah ben je lui ai dit tout ce que j’avais sur le cœur (rires). Ce qui est super, c’est qu’en général les mecs comme ça, quand ils te font une réflexion, ils s’attendent à ce que tu baisses la tête et que tu continues. Donc il ne s’attendait pas du tout à cette réaction violente de ma part. La différence entre la scène du film et celle-là, c’est que dans le film, le mec me dépasse en m’insultant, du coup je ne l’ai pas en face de moi. Et là il était en face. Et en plus j’avais mis un truc long jusqu’aux genoux, parce qu’il faisait froid, on était en décembre. Donc ce n’était même pas une minijupe ou quoi ! Et même là j’ai eu droit à la réflexion, ‘allez vous rhabiller’ accompagné de plein de trucs religieux, ‘que Dieu’ je ne sais pas quoi… Et voilà, il m’a traitée de tous les noms, et là… j’étais heureuse, parce que je l’ai regardé dans les yeux, et je lui ai dit exactement tout ce que j’avais sur le cœur (rires) ! Et c’était très beau parce que quelque part j’avais vraiment l’impression de vivre ce que Salima vivait. Il y a eu plein de moments comme ça sur ce film, plein de petits clins d’oeil de la vie, où j’ai senti que…

Vous dites que ce regain de puritanisme au Maroc est récent, ce n’était pas comme ça il y a 10 ou 20 ans…
Non, ce n’était pas comme ça du tout. Justement ce qui est inquiétant, c’est ce sentiment de régression. On sent, en tant que femme, que là où on faisait des choses avant sans réfléchir, maintenant on doit y réfléchir 10 fois, comme porter un débardeur et aller se promener dans certains endroits, ou de mettre un bikini : nous on habite en face de la plage, et il y a quelques années je pouvais le faire sans problème. Aujourd’hui c’est plus difficile. En tout cas pour nous. Les étrangères, c’est différent, c’est un autre traitement. Mais quand c’est une Marocaine, ça ne passe pas. Ou alors il faut aller dans une plage privée, mais je n’ai pas envie moi, je veux juste profiter de la mer sans me faire insulter !  J’ai envie de pouvoir aussi m’imposer dans cet espace public, de la même façon qu’un autre. Je n’ai pas envie d’être dans la peur, et je n’accepte pas d’être dans la peur, je ne le serai jamais. Récemment, des filles ont passé 24 heures en prison pour avoir porté une jupe trop courte, car apparemment ça portait atteinte à la pudeur ou je ne sais pas quoi. C’est un truc de fou ! Et il y a 5 ou 6 ans, jamais une chose pareille ne serait arrivée. J’ai l’impression qu’on est en train de revenir en arrière.  Beaucoup de gens m’ont demandé : « vous n’avez pas eu peur de l’après ? En plus après Much Loved…’ Pas du tout ! C’est le contraire, j’ai encore plus envie d’affirmer un point de vue. Parce que je pense que c’est essentiel, on est arrivé à un moment où on ne doit plus avoir peur. Et c’est vrai que le courage n’est pas facile. Mais c’est courageux de pouvoir se libérer d’un carcan, quand la pression sociale est tellement forte. Surtout pour une femme.

Razzia se passe au Maroc mais il parle de choses universelles. Surtout depuis le mouvement #MeToo. Bcp de nos comportements, en tant que femmes, sont conditionnés justement par la peur, le regard, de ne pas déranger… Vous qui vivez avec Nabil à Casablanca, avez-vous ressenti les ondes de choc du mouvement aussi, ou ça se limite surtout à l’Europe et aux Etats-Unis ?
Au Maroc, on en a parlé, un peu. Mais encore une fois, on a juste effleuré le sujet. Parce qu’avec ce genre de sujets difficiles, on ne va pas au fond des choses. Il y a eu des articles avec des femmes qui témoignaient de leur harcèlement au travail, mais sans citer de noms. Donc ça s’inspire du mouvement, mais ce n’est pas ça du tout. Après c’est très délicat au Maroc, ça peut partir complètement dans tous les sens… Mais au-delà de comment ce mouvement est traité dans chaque pays, ce qui est beau c’est ce sentiment de solidarité qu’il a créé : on se sent moins seules. Et Salima pour moi, c’est aussi ça : je sens que c’est un personnage important parce que quelque part, on voit qu’elle mène des luttes que beaucoup de femmes mènent au quotidien. Certaines en silence, d’autres de façon plus manifeste, à travers des associations, mais aussi des mères de famille dans des quartiers populaires, qui se battent tous les jours à leur manière… je crois que c’est important pour les femmes de prendre conscience qu’il y a d’autres femmes qui mènent la lutte aussi. Pas toujours la même lutte, mais qui se battent aussi. On a besoin d’être inspirées par d’autres femmes, comme Salima est inspirée par Yto dans le film, pour continuer à se battre. Si parfois on manque d’inspiration c’est important d’avoir des modèles, des nouveaux modèles qui nous ressemblent, peut-être aujourd’hui encore plus qu’avant. En tout cas juste sentir qu’on n’est pas seules, et ce qu’il y a de beau dans ce mouvement c’est ça : ce sentiment de solidarité.

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Razzia

Né en France il y a 49 ans, c’est là que Nabil Ayouch a grandi et s’est formé. Mais ces 20 dernières années, le réalisateur est revenu habiter dans son pays d’origine : le Maroc. Cette double culture a toujours infusé son cinéma. De son premier, ‘Mektoub’ aux ‘Chevaux de Dieu’ ou ‘Ali Zaoua’, en passant par ‘Much Loved’ sur le quotidien de prostituées qui a créé beaucoup de remous au Maroc il y a quelques années, ses films sont des portraits : d’hommes, de femmes, d’enfants – et à travers eux, de la société. Dans ‘Razzia’ se croisent plusieurs histoires et plusieurs temporalités. Salima, Joe, Hakim, Abdallah, Yto : des êtres humains en lutte, avides de liberté, qui cherchent leur place dans la société, alors que celle-ci est en train de changer. Coécrit avec sa compagne, la journaliste et cinéaste Maryam Touzani, qui fait ses premiers pas au cinéma dans le rôle de Salima, ‘Razzia’ adopte ici un rythme plus contemplatif et apaisé que le fiévreux ‘Much Loved’. Des ruelles de Casablanca au bleu du ciel, entre la mer et le soleil, c’est un film d’une grande beauté, âpre et mélancolique, sur l’importance de résister. Un film qui nous emmène en voyage, entre le futur, le présent et le passé.

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