AprĂšs trois dizaines d’annĂ©es de sapins, de lampions rouges et verts, de chansons et de dĂ©corations, je peux enfin vous (me) l’avouer : en vrai je n’aime pas spĂ©cialement NoĂ«l. La fin d’annĂ©e, humide et gelĂ©e, m’a toujours semblĂ© plutĂŽt glauque, et les cĂ©lĂ©brations qui vont avec comme une façon forcĂ©e faire diversion (et au fond c’est un peu ça, non ?). Fervente supportrice de la canicule, je suis la premiĂšre Ă me rĂ©jouir quand NoĂ«l n’est pas blanc, qu’il ne fait mĂȘme pas si froid que ça, et si on pouvait le passer en maillot chaque annĂ©e, je serais la premiĂšre Ă chanter du Mariah Carey.
Du coup, depuis petite, quitter Bruxelles pour passer NoĂ«l en GrĂšce Ă©tait toujours une joyeuse occasion, en plus de celle de revoir la famille, de sentir remonter le thermomĂštre de quelques degrĂ©s. Je me souviens d’une fĂȘte passĂ©e en t-shirt quelque part sur le boulevard Mesogeion avec les potes du lycĂ©e, je me souviens de l’Ă©poque oĂč je portais des ballerines et je n’en revenais pas de les porter en dĂ©cembre en pleine journĂ©e. Je me souviens aussi de cette photo, prise sur la place de Syntagma Ă AthĂšnes, oĂč lĂ aussi il faisait si peu froid pour une fin d’annĂ©e que le costume de pĂšre NoĂ«l du monsieur semblait presque hors-sujet. Mais je me souviens surtout, en souriant, de combien mon grand-pĂšre a rĂąlĂ© quand il a entendu le prix qu’il devait payer pour obtenir la photo. C’Ă©tait l’Ă©poque de la GrĂšce opulente, celle des annĂ©es 90, oĂč on dĂ©pensait les drachmes sans compter. C’Ă©tait aussi l’Ă©poque oĂč prendre une photo et voir immĂ©diatement le rĂ©sultat tenait de la rĂ©volution, et PolaroĂŻd rĂ©gnait en maĂźtre sur cette possibilitĂ©. Mais pappou, qui avait connu les deux guerres en entier, n’Ă©tait pas du genre Ă se faire arnaquer. Il a engueulĂ© le type et l’a traitĂ© d’escroc, j’Ă©tais gĂȘnĂ©e de voir deux adultes se disputer, mais j’imagine qu’il a fini par payer vu que le rĂ©sultat est ici. Et aujourd’hui alors qu’il pleut dehors et qu’il est parti, je pense Ă lui, son sourire bienveillant, sa voix grave et son costume gris. Joyeux machintruc, fĂȘtez ça comme vous voulez, et vivement l’Ă©tĂ© đ

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