Interview : Alison Brie pour ‘The Rental’

Première parution : Metro Belgique, 19.08.2020 (texte intégral)

Conseil anti-canicule : si vous avez trop chaud cette semaine, ‘The Rental’ vous fera frissonner… de peur. Un thriller surprenant et efficace, dans lequel la location d’un Airbnb de luxe vire au cauchemar pour les couples qui sont dedans, et dans lequel on trouve Alison Brie. Connue surtout pour ses rôles dans les séries ‘Mad Men’, ‘Glow’ ou ‘Community’, la Californienne de 37 ans a répondu à nos questions depuis Los Angeles, où elle a passé le confinement avec son mari.

 

Parler au téléphone avec une inconnue, on dirait un début de film d’horreur déjà, non ?
(Rires) Naan, ça va, j’ai l’habitude ! Et puis on vient de commencer les interviews, c’est le matin ici à LA, donc je ne suis pas encore trop épuisée. Et aussi, vous savez, on est confinés ici aux US depuis mars, je n’ai pas vu trop de monde, donc c’est super d’avoir quelque chose à faire (rires).

La Belgique, vous connaissez un peu ? Vous avez des origines aux Pays-Bas…
Eh bien je n’ai jamais été ni en Belgique ni en Hollande, hélas je ne connais pas bien du tout cette partie du monde, je devrais les mettre sur ma liste !

Vous avez vécu à Glasgow pendant vos études, donc vous connaissez quand même un peu l’Europe…
Etudier à Glasgow était incroyable, j’ai des origines aussi de là-bas, donc j’ai adoré passer du temps là-bas, les gens étaient super. Glasgow est une ville très artistique, je crois que quand les gens pensent à l’Ecosse ils pensent surtout à Edimbourg, les théâtres, les châteaux, les trucs touristiques, etc. Mais à Glasgow vous avez un peu le meilleur des deux mondes, parce que vous êtes parmi des ‘vrais gens’, de classe ouvrière écossaise, mais vous avez aussi des théâtres expérimentaux très cool, ce genre de trucs… Je me souviens d’avoir vu des spectacles de marionnettes géniaux, et même à l’Académie de Théâtre où j’étudiais, ils faisaient venir des artistes différents tout le temps, qui faisaient des différents types de danse, de mouvements, ou des workshops d’improvisation avec nous… C’était vraiment une partie super de mon éducation, et j’adore voyager en Europe, j’ai passé beaucoup de temps en Italie, j’ai tourné des films là-bas… J’ai été à Paris pas mal de fois… Donc je dois réussir à venir en Belgique !

Eh bien, la météo vous rappellera fort Glasgow, il pleut d’ailleurs actuellement…
Haha en fait ça ne me dérange pas tant que ça, le climat, comme j’ai grandi sous le soleil de Californie, la météo de Glasgow était un de mes trucs préférés ! Ils ont une vraie météo, quoi ! Ça vous donne un petit « break » de l’été éternel (rires).

OK steplaît alors on échange, moi je ne supporte pas la pluie éternelle !
Ouais j’avoue, je crois que je ne voudrais pas ça tout le temps (rires). Juste un petit break, c’est OK.

Parlons du film. Comment avez-vous obtenu le rôle, est-ce que, genre, vous connaissez le réalisateur ou quoi ? (clin d’oeil clin d’oeil)
(rires) Oui, ma blague préférée pendant le tournage, si je finissais une scène tôt, ou un truc du genre, c’était de dire « Ouais bah je couche avec le réalisateur » (rires) ! Mais en fait le rôle, c’était vraiment une surprise. Je savais que Dave écrivait le film, je suivais son processus créatif, mais je ne pensais vraiment pas que j’allais participer ! D’ailleurs au départ il pensait lui-même jouer dedans, dans le rôle du frère cadet. Et si je jouais le rôle que j’ai dans le film, on aurait été beau-frère et belle-soeur dans le film, et je pense qu’il se disait que ce serait un peu étrange, ou déconcentrant ! Et honnêtement on n’en a pas vraiment parlé, l’idée c’était qu’il bossait sur ce projet et peut-être jouer dedans, et je me disais juste « c’est super pour lui » et j’étais plus dans le rôle de l’épouse solidaire. Je lisais des versions du scénario, je le voyais évoluer, j’étais fière de lui, etc, et j’ai même été inspirée par lui, car c’est ce qui m’a notamment poussée à écrire ‘Horse Girl‘ (dispo sur Netflix, NDLR). Mais ouais en fait, une fois que finalement il a décidé de ne pas jouer dedans mais de s’en tenir à la réalisation, très vite il y a eu un volte-face et il m’a dit : « En fait, t’aurais pas envie de jouer Michelle ? » Et j’étais genre : « Absolument, merci beaucoup » (rires) !

Vous avez tourné dans un endroit isolé en Oregon : est-ce que sur les tournages de films d’horreur, l’ambiance est glauque même quand les caméras ne tournent pas, ou au contraire c’est super fun ?
Non, vous avez raison, on a tourné dans un endroit loin de tout en Oregon, sur la côte, principalement dans cette maison, donc on y était tous, tout le temps. Et puis comme c’est un film à petit budget, les 5 acteurs on avait une pièce à se partager pour le maquillage, les essayages, et c’était aussi l’endroit pour prendre nos pauses. Donc c’est super qu’on se soit tous entendus, parce qu’on était les uns sur les autres en permanence. Et je parle vraiment de toute l’équipe, pas juste les acteurs, parce que Dave a une façon d’assembler son équipe. Bien sûr il voulait des personnes compétentes dans leur boulot, mais au-delà de ça, il cherchait des gens vraiment passionnés, qui croient vraiment au projet, et aussi qui sont, au fond, des bonnes personnes. Parce que, vous savez, si vous regardiez le planning, on était tous piégés dans cette grande maison au milieu de nulle part, pour 5 semaines ! Et vraiment ça n’aurait pas pu mieux se passer, bcp de gens, y compris le directeur photo Christian Sprenger, se connaissaient et avaient déjà travaillé ensemble avant. Donc c’était cool de pouvoir faire des blagues avec tout le monde entre les scènes qu’on tournait, parce qu’elles étaient très intenses ! Le film est assez… tendu quoi (rires) ! On essayait donc de trouver un équilibre entre quand on peut avoir cet relâchement et blaguer tous ensemble, et quand on ne peut pas, car on doit maintenir la tension pour tourner la scène.

Savoir quel est le bon moment pour faire une blague de pet, ou pas…
Ouais ! Et je peux vous dire que c’est chelou, quand quelqu’un lâche une caisse pour rigoler, et que t’es pas vraiment dans la même énergie (rires) !

Ce n’est pas votre premier essai dans l’horreur puisque vous avez tourné dans ‘Scream 4’. En quoi c’est différent de celui-ci ?
Oh ouais, j’ai adoré bosser sur ‘Scream 4’, je suis une grande fan de la franchise Scream, et de Wes Craven, une icône. Mais ce qui est fun avec Scream, c’est qu’il y avait un élément méta, un regard extérieur, et un certain sens de l’humour. Certes, il y a des moments drôles – avec moi notamment – dans The Rental. Mais c’est un autre genre de film d’horreur, c’est beaucoup plus terre-à-terre. Je pense que les films Scream prennent vraiment un certain plaisir à être un peu bêtes, s’amusent un peu de ce côté exagéré, mais ici, Dave voulait vraiment l’approcher comme un drame psychologique, un ‘character-driven drama’ (littéralement un drame ‘guidé par les personnages’, NDLR), tout le temps lié à des enjeux réalistes. C’était ça la grosse différence entre les deux pour moi. Du coup j’avais effectivement le sentiment d’être dans un autre genre de film, une nouvelle approche du thriller, de l’horreur. Et c’était aussi pour moi une façon différente de travailler, par rapport aux autres projets que j’ai faits…

‘The Rental’ mélange les genres. D’un côté il y a des références classiques, je pense à Fenêtre sur cour de Hitchcock, notamment… Mais de l’autre côté, la tension, l’inconfort et le malaise surgissent aussi d’éléments moins attendus : un incident raciste, des secrets de couple… En fait, l’absence de communication dans le couple, c’est un vrai sujet de film d’horreur !
Absolument (rires). Je pense que c’est ce mix qui rend le film unique. En tant qu’actrice, c’est vraiment génial à jouer parce que je n’ai pas l’impression que c’est un throwaway slasher où les personnages sont juste là pour être tués (rires) ! Je pense que ces personnages ont des enjeux très réels, et des relations compliquées et complexes, donc c’est vraiment enrichissant à jouer.

Je me suis demandé si c’était aussi une façon de confronter nos, et vos, propres peurs intimes. Dans la vraie vie, on a peut-être moins peur d’un serial killer que de confronter, au hasard, les infidélités de son couple…
C’est vrai que le genre de l’horreur est une façon d’explorer des choses qu’on a peur d’aborder dans nos vraies vies. Je pense que les films d’horreur peuvent être vraiment cathartiques, parce que tu mets en scène tes pires peurs, dans leur version la plus exacerbée. Et ce film aborde effectivement des questions de confiance, d’infidélité dans le couple, de préjugés raciaux… Et au fur et à mesure que les relations évoluent entre les personnages et que cette confiance se perd, les personnages deviennent de plus en plus vulnérables à cette dangereuse présence autour d’eux… dont ils n’ont même pas conscience ! Je trouve que c’est une façon très cool de jouer avec ces thèmes.

Il y a une scène entre Michelle et Josh sur la plage, où ils parlent du fait de travailler avec la copine de son frère… Est-ce que c’était en référence à votre collaboration avec James Franco… ou c’est moi qui creuse trop ?
(Rires) Je ne pense pas que c’est ça non, surtout parce que, justement, on ne savait pas que j’allais jouer ce rôle au départ. Donc je ne pense pas qu’il a écrit ça avec cet angle en tête. Après, c’est sûr que chaque fois que je reçois un rôle, j’essaye toujours de trouver ce que je peux y apporter de mon expérience personnelle. Mais si je suis vraiment honnête, je ne pensais pas à ça à ce moment-là (rires) !

En parlant de développement de personnages, vous avez jouez des rôles très différents dans des formats variés : films, séries (Mad Men, Community, Glow), animation (Bojack Horseman)… Est-ce que créer un personnage, c’est plus fun dans : un film, où c’est plus intense mais condensé sur quelques semaines, une série comme Community, où votre personnage évolue sur plusieurs années… ou en animation, où il n’y a pas la pression de l’image ?
Je pense que j’aime travailler en télé parce que j’apprécie, en effet, de voir un personnage évoluer. Dans une série, vous avez vraiment l’occasion de passer du temps avec un personnage, le voir évoluer, changer au fil des ans ! C’est tellement d’heures de travail, et je pense que c’est pour ça que le public s’attache vraiment aux personnages de série plus qu’aux personnages de films. Parce qu’on passe tellement de temps avec eux ! Contrairement à la salle de cinéma, ils sont avec nous, sur notre ordinateur, dans notre salon, voire dans notre lit ! Mais ce qui est fun avec un rôle au cinéma, c’est que vous avez toutes les infos d’emblée. En tant qu’actrice, je peux me dire, OK, voici Michelle dans ‘The Rental’, j’ai tout l’arc de son histoire, tout ce que je saurai de Michelle est là devant moi, pas de surprises. A partir de là, je peux faire d’elle ce que je veux. Dans une série télé, en tant qu’actrice, vous n’en savez pas beaucoup sur votre personnage ! Vous recevez constamment de nouvelles infos au fur et à mesure qu’ils l’écrivent ! Et puis vous arrivez sur la nouvelle saison et vous découvrez des trucs. Par exemple, quand je pense à Glow, je me dis « Je ne sais pas si mon a des sentiments pour tel personnage, mais je ne pense pas ». Et deux saisons plus tard : « Ah ben on dirait que si ! » (rires). Et parfois je fais des maths inversées dans ma tête, je me demande, est-ce que j’ai joué ça comme il fallait dans la première saison ? Mais évidemment que si, parce que sur le moment c’est toujours juste, on ne peut pas deviner… Et aussi, dans les séries, ce qui est fun, c’est le va-et-vient entre les scénaristes et les acteurs : souvent, les scénaristes vont s’inspirer de que les acteurs font entre eux, de leur alchimie naturelle, pour écrire. C’est une chouette façon de travailler, très organique !

Juste pour conclure, où avez-vous passé le confinement ?
Chez nous à LA. On a passé beaucoup de temps ensemble avec Dave sur le tournage de ‘The Rental’, et je n’avais aucune idée qu’on allait passer encore tellement de temps ensemble après ! Mais c’était super, évidemment.

THE RENTAL : NOTRE AVIS

Entre savoir si votre partenaire vous trompe, ou avoir un intrus dans la maison, qu’est-ce qui vous fait le plus peur ? Dans la longue traversée du désert que sont les sorties de l’été Covid, voici un film tout frais dont on se réjouit de vous parler. Pour son premier opus derrière la caméra, Dave Franco (le frère de James, vu dans ‘Nos Pires Voisins’, ’21 Jump Street’) délaisse la comédie pour le film d’horreur léché. Plusieurs niveaux d’angoisse se superposent dans cette histoire de couples qui louent un Airbnb dans un lieu isolé. Non-dits, malaises et caméras cachées… Pétri de références hitchcockiennes et infusé de modernité, ‘The Rental’ vous scotche à l’écran… jusqu’au tout dernier plan.

crédits photo : The Searchers

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